L’encrier brisera les canons Victor Hugo Je n’use plus de l’encrier qu’en l’écrivant sur mon papier Encrier disparu sans crier gare Je me souviens que certaines nuits à force d’y tremper ma plume sergent major Son encre devenait sang noir Comme la bonne "sanquette" des hussards noirs Instituteurs porteurs de République et de Laïcité L’encrier en porcelaine blanche était posé dans un pupitre d’écolier C’était le bénitier de la seule église que j’ai fréquentée
L’OUBLI DE LA TOUSSAINT
Je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert Et de bruyère en fleur Victor Hugo J’ai cueilli ce brin de bruyère L’automne est morte souviens-t-en Nous ne nous verrons plus sur terre Odeur du temps Temps de bruyère Et souviens-toi que je t’attends Guillaume Apollinaire Cette année – allez savoir pourquoi – J’ai oublié que le 1° novembre était le jour de Toussaint Je l’ai décalé d’une semaine dans ma tête Mes morts et ma morte Ne m’en tiendront cure Ils savent Elle sait Que je prends soin d’eux Et d’Elle chaque jour Ils sont patients Elle m’attend
CHAT ROUX FEUILLES JAUNES ET LA MANDRE
Il n’y a rien à aimer en Renart Car Renart n’est rien d’autre qu’amer, C’est sa façon d’être. […] Renart est propre à déclencher une guerre Dont le pays Ne pourrait pas se relever. Rutebeuf (1230 ?- 1285 ?) Le chat roux traverse en se contorsionnant le jardin Les feuilles jaunes de l’abricotier commencent à se détacher Assis sur la terrasse en léger surplomb j’écoute un historien du Moyen Âge Nous parler de cet animal malin comme le diable Et que dans mon village on appelait en occitan la mandre Le chat les feuilles jaunes et Renart dans la voix de Michel Pastoureau
https://www.franceculture.fr/emissions/les-animaux-ont-aussi-leur-histoire/le-roman-du-renard
FEUILLETS D’ÉTINCELLES
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur Qui porte, confiture exquise aux bons poètes Des lichens de soleil et des morves d’azur Arthur Rimbaud (Le bateau ivre) Malice des mots de l’agora Comme le chat angora qui pelote La mandarine d’un mandarin Le double sens du mot hôte Ôte-toi de mon chemin Marin d’eau douce halluciné Qui sans haleur laisse les traces D’une confiture exquise aux poètes Qui ont perdu aujourd’hui leur aura Il est temps que le combat cesse Des mots de gueule et de galère Hypnos diffuse sur l’agora Ses feuillets d’étincelles toujours inachevées
L’OUBLI LE BEL OUBLI
À mesure que je vois J’oublie j’oublie J’oublie tout ce que je vois Jean Tardieu En retrait et en tension au seuil de cette écriture aussi fragile soit-elle Retrait au sens premier puisque désormais après 40 ans de labeur tu touches ta pension Retrait mais non « retraite » mot traitre qui semble indiquer que le combat est bel et bien terminé En retrait et en tension mais avec « deux de tension » selon la moquerie À d’autres les ô et les ah ! lyriques de l’excitation factice Non, ici, tension détendue attentive à tout ce que l’on ne saurait dire qu’après un long détour où l’on active, l’âge venu, une faculté décriée : l’oubli le bel oubli.