Voilà des heptasyllabes Ils brillent au milieu des flammes Du père Hugo qui s’enflamme Il chante, il lève son verre Éblouissant, ébloui. Rit et compte sur ses doigts Tous les vers lui disant Oui Toute la splendeur des voix Voici l’art de l’ABC Ses passants et ses passantes Dont le pouce abaissé Est gaîté divertissante Le voyez-vous ? Le voilà L’heptasyllabe s’allie Aux rengaines lalala Aux bois pleins de rêveries Il cherche ces amours franches Tourbillonnant à son bal Laisse ma main sur tes hanches Dis-moi ton froufrou verbal Qu’elle est belle ! Qu’il est beau Le chant léger s’amenuise Hugo retourne au tombeau Je range ici ma valise Italiques de Victor Hugo
ESSAIS
COMMENCER Emportez-moi dans une douce caravelle. Henri Michaux Commencer, recommencer sans cesse…et poursuivre ses commencements qui n’en finissent pas. Et surtout ne pas s’embarquer sur les flots plus ou moins déchaînés pour, dès les premiers cahots, abandonner sa barque (caravelle disait l’autre), naviguer au mieux, chalouper…quitte à se louper. Mais on aura fait dans un état second son Essai, sa tentative inaboutie, inachevée…et à la moindre occasion, à recommencer. ISOLEMENT Je n’ai pas recherché l’isolement, mais je l’ai subi, après la mort trop tôt venue de mon épouse, ma semblance. Subi, mais sans me plaindre, et au contraire, par une force insoupçonnée, tâcher d’en tirer profit. Isolé et fréquentant à distance esprits vigoureux et réglés 1 autant que ce raisonné dérèglement de tous les sens. 2. 1 Montaigne 2 Rimbaud L’AMOUR L’amour, cette unique passion qui me tienne en haleine, me met en mesure d’être vigilant, m’oblige à sobriété, à prendre soin de ma personne, à faire de l’écriture une grâce, me protège des grimaces difformes et pitoyables de Vieillesse, m’encourage aux études, aux recherches, aux lectures, ôtant à mon esprit le triste deuil de mon amie, en le raccointant (le reliant intimement) à ce soi-même (comme un autre), marque de fabrique de ceux qui étant nés à la société et à l’amitié, ont cette sensibilité qui leur permet de se couler dans la vie d’autrui, le semblable et le différent. Une écriture réactualisée de Montaigne mon ami le plus sûr avec une touche de Paul Ricœur
MAINTENANT J’OUBLIE
Maintenant j’oublie J’en fais le pari J’oublie le savoir À l’école appris J’oublie le pouvoir De changer en rimes L’ombre d’un bourreau Le temps d’un soupir J’oublie les déprimes Des heures de bureau Le roi Lear Shakespeare J’oublie Roméo Juliette Gréco Si tu t’imagines De Raymond Queneau J’oublie Imagine De John et Yoko Mais je n’oublie pas La paix en péril Le Climat en berne La bonne gouverne Ce chant puéril
HUGO IX JANVIER DEUX MILLE VINGT DEUX
Ce que j’aime dans les textes anciens c’est leur nouveauté. Ce que je déteste dans les textes nouveaux c’est la banalité de leurs clichés.
Rependre Hugo l’Inépuisable Absent mais attentif Que diable ! Le rapiécer de neufs habits Ce 9 janvier 2 mil 22 Lire Totor Signer Bibi Pasticher l’esprit boutadeux Passer ainsi d’un livre à l’autre De griffonnages en gribouillis Faire des farces sous les astres Touiller ses crèmes et bouillies Jouer avec ses taches d’encre Ayant des aspects d’animaux Faire des pieds et des dactyles Donner au poème un style D’improvisation -mot à mot- Farfadet léger Lever l’ancre Relire Hugo c’est pas pour dire Mais ça fait pendant le Covid Un bien fou C’est à l’écart vivre De mille vers Rimes d’un vide Où amusé je procrastine Je suis au bois où l’on entend Joyeux la flûte des Satyres Et je fais des niches aux pédants Parodies Pastiches Satires Arrête-là me dit Victor Referme à dessein mon livre Ouvre ton cœur Prends ton essor Enfantin, bucolique, ivre. Italiques Victor Hugo
MA SEMBLANCE
J’ai écrit sur tout et sur rien bien avant de t’avoir connue Mais après ta mort qui m’a laissé sur le c. (pardon mon amour pour « le gros mot » suggéré) Écrire pour continuer à vivre est devenu mon viatique ma p’tite folie Plus que jamais et dans la nuit Je forge à ma manière ces Essais Nés pour Montaigne aussi de la mort de son ami La Boétie Celui qui, à ma connaissance, fut le seul vivant à appeler son épouse ma semblance Plus que jamais Mes paroles ont semblance d’un homme qui sème sur un chemin voué à l’effacement