Longtemps je me suis couché…dans le temps. Marcel Proust (incipit et derniers mots à la recherche du temps perdu) Je souffle sur le premier jour Je murmure tout bas Ce que personne n’entend Sur cette page Cette plage qui risque D’être envahie par la marée noire De l’an qui vient Je souffle sur les cendres De l’an passé J’ai essayé d’en prendre soin J’en ai gardé dans le secret Quelques vibrations D’une langue emmiellée Par le vin le vent la vie La source des textes précieux Auxquels je pose chemin faisant Des questions enfantines La Plupart du Temps il est vrai Proses ou poèmes ne répondent pas Mais aujourd’hui premier jour C’est magique Il semble que c’est à moi-même Que le livre parle et répond Abracadabra Comprenne qui pourra VIATIQUE Premier jour Beréshit « En premier » Je clos ainsi curieusement Mon mémento Agenda commencé il y a un an déjà Par ces mots : L’année sera belle Ou ne sera pas Tant bien que mal Elle a été… Celui qui a été ne peut plus désormais avoir été Désormais ce fait mystérieux et profondément obscur D’avoir été Est son viatique Pour l’éternité Vladimir Jankélévitch
PUTAIN D’ANNÉE !
Le jour dernier de l’année s’est pointé Ça lui fait toujours kèkchose de disparaître L’instant fatal disait Queneau Le dernier trou dans son gruyère Putain d’année où les gens crèvent Piqués par la mouche Covid Toux sueurs poumons en berne Le cerveau peu à peu se vide Les cons joyeux braient à tue-tête Le vaccin tue Macron assassin Au pays de Pasteur asteur 118311 paroissiens n’ont plus d’pieds Ni de têtes Faut boucler me dit le poète de Chêne et Chien Les beaux jours reviendront Même si c’est à perpète Demain c’est l’an nouveau Oublie toutes tes misères Et vogue la galère !
CHANTS D’HIVER FIN D’ANNÉE
Trois poèmes embrouillés Chants d’hiver Fin de l’année Ne leur jetez pas d’anathèmes Faites plutôt grandir leurs thèmes : Ne pas vieillir Ne pas haïr Et toujours à contre-courant Dire ses quatre vérités 1 Comme pour s’empêcher de vieillir Troubadour chantait à sa dame Amour Mais par crainte de se faire occire Le nom de sa dona restait secret (C’était comme une énigme Proche du chant des Sirènes Qui perdait les navigateurs Exceptés ceux dont les oreilles Sentaient la cire) Comme pour m’empêcher de vieillir Je prose ces vers maladroits Pour celle qui me fit connaître la Joie Et qui cent fois hélas N’est plus 2 Même Juive ou Sarrazine Un vers traduit de la langue d’oc Dit bien que le désir Transcende les préjugés Ab atraich d’amor doussana Par l’attrait de douce amour La plume d’un troubadour Élève la voix vers la beauté À contre-courant des malédictions Sources des guerres de religions 3 Chant d’amour pareil au cœur d’un jeune enfant Qui attend pour s’endormir Le baiser de Maman Chant de mort La douleur sans espoir que nul ne peut conter Et toi ô cher Esprit Tu chantes l’un et l’autre Joie et Tristesse Tristesse et Joie
L’ANIMAL DU TEMPS
Je suis l’animal du temps 1 Je suis l’animal on est mal 2 Je suis le bœuf et le taon Je suis l’animal symbolique Des récits poétiques Je suis un lecteur chronique des Temps perdus et retrouvés Je suis le présent transfiguré Je suis l’absent de tout testament Je suis le serf et la biche de Jésus Roi du Paradis 3 Je suis le faiseur d’uchronie Je suis l’idiot qui fait le Jacques Je suis Cézanne sur le motif Dans le bois de pins hiératiques Qui surplombent ma maison Je suis celui qui muscle sans cesse sa mémoire Pour ne pas perdre le fil de ses anachronies 1 Jean Tardieu 2 Gérard Manset 3 François Villon
LES MOTS NE VOLENT PAS
Les mots ne volent pas Même s’ils ont des ailes Qu’ils déploient parfois la nuit Comme des colibris Les mots ne chantent pas Même s’ils ont des voix Qui font vibrer les lèvres Des amoureux fervents Les mots ne délivrent pas Des affres de l’agonie Les mots pourtant aussi Quand bien même lancés Du fond d’un naufrage 1 Ouvrent la voie Si l’on veut bien les accueillir Sans impatience Ni que rage 2 1 Mallarmé 2 La Fontaine