CE QUE J’APPELLE PARLER

CE QUE J’APPELLE PARLER c’est ouvrir un autre parler -disait plus ou moins Montaigne- qui aussi faute de mieux parlait au papier Parler de ce qu’il ne faut taire Terre et ciel Marelle Viens rêver l’envers des discours terrassants voués à ce rhinocéros des syllogismes mortels Parler de nos instants que l’on croyait perdus Concevoir énoncer le choix des mots soleils des nuits Parole pétillante qui vient à la fin nous bluffer Ouverte à la fin de cette petite page (format 110 mmx165) Ouverte à un autre parler Plaisir en soi de s’être parlé Appuyés sur l’inconnaissance (une formule de Tchouang-tseu)

écrit tel quel JJ Dorio nuit du 10avril 2023

L’APPRENTI ÉTERNEL

L’APPRENTI ÉTERNEL Aucun savoir ne permet la réussite d’un poème Et encore moins aucune  œuvre précédente l’éloge des confrères ou l’indifférence des non-lecteurs de poésie – Je sors celui-là – imprécis imprévu – de la nuit des grenades de bouches et de larmes D’un livre d’apprenti qu’il fallait découper au couteau pour passer d’une page à l’autre La lame de l’opinel révèle quelques éclats d’âme Mais surtout pas un supplément (comme nous écrivions alors) Poèmes jaillissaient du Corps transfiguré dans l’excès et l’urgence Soutenus par des lyres converties en orgues électriques Musique d’Eddy Louis Paroles de L’apprenti foudroyé de Franck Venaille

SOUDAIN AU SOUDAN

enregistrement « brut » sur l’ordi paroles musique interprète JJ Dorio 8 avril 2023

Soudain au Soudan

Où donc si soudain ?

Un noir au cinoche

Pendant la séance

En c’lieu du Soudan

Paniqu’ sur les spec

Tateurs qui voient plus

Bogart à Casa

Bogart à Casa (ter) blanca

*

La veille à Kartoum

Dans un autr’ ciné

Ça avait fait boum

C’était calciné

Un autodidacte

Dans un quiproquo

Tuait à l’entracte

Pépé le Moko

Pépé le Moko(ter) coco

*

Soudain au Soudan

Où donc si soudain

Un orang-outan

Poursuivait un daim

Un dingo notoire

Brûlant les écrans

Faisant table rase

Des cinés d’antan

Des cinés d’antan (ter) tamtam

DES SONS ET DES MOTS EN FORME D’HAÏKUS

1 À contre-courant Poème tranchant le ciel La terre et le feu

2 À contre-courant S’écrivent nos métaphores Nos transports des sens

3 Accroître ses pages Bouquet d’une anthologie Fleurs du mal rouies

4 À première vue Une aurore boréale Mais c’est un Rothko

5 Au cœur de la nuit Fantôme dans mon linceul Un fou shakespearien

6 Au creux d’un platane L’enfant lit prince perché Saint Exupéry

7 Balades Ballades En vers de cinq et sept pieds Sur mer et sur rades

SI ÇA VOUS CHANTE une nuit au cabaret Untel

9 SI ÇA VOUS CHANTE Au cabaret « Untel » – un clin d’œil au côté antiintellectuel de la boutique (une cave plutôt) -, ça fredonne, ça trinque et ça fumaille, mais aussi ça sait se taire pendant la chanson de trois minutes qui étreint les cœurs ou fait rire les gorges, qui mouille les yeux et fait oublier le temps perdu à déplorer les misères de la vie, Et vie ô ma misère.  Chansons de poètes dit l’affiche peinte en rouge et noir par Brougeilles de l’Adour, un nom hérité de la Révolution Française. Voilà Un enfant a dit (« c’est leur innocence qui est parfois accordée au poète » a écrit Queno, l’auteur de la chansonnette), et voici, a continuacion, Sourde est la nuit et Tuileries (« Morte est la Seine Morte est Paris). « Et maintenant chers Untéliens, chères Untéliennes, dit l’A nimateur de la soirée, un peu de de gouaille, de gaîté et d’alacrité, avec les chansons de notre ami Jacques, interprétées par les Quatre Chevelus.  En sortant de l’école, Chanson dans le sang, Chasse à l’enfant, Le cancre, Page d’écriture, L’orgue de Barbarie, La complainte de Vincent, Et la fête continue. Pour faire passer les romances, Paulette et Saturnin boivent des verres. L’une avec ses copines, Françoise, Véronique, Arlette, Simone et Michelle, la petite bande des jeunes filles à chemises à fleurs et à jupes plissées qui descendaient aux chevilles (avant la mini). Elles ont perdu Aline une nuit que la mer en furie a effacé sur le sable son doux visage qui leur souriait. Ce que c’est tout de même que de nous, dit Paulette, un brin percutée par les paroles d’un nouveau chanteur aux allures de gorille. Saturnin durant ce temps a été accaparé par un copain d’enfance, un nommé Tesson (il est interdit d’ajouter, même en pensée, « comme une bouteille cassée). Et voilà, autour de minuit, les poèmes chantés, sortis des pages de livres, absents des librairies, « retombent dans leur effritement de leurs caractères d’imprimerie », encore une phrase du poète de Si tu t’imagines. Ça a été la chanson conclusive. Finies les cours de récrés d’enfants délurés et le teint rose des jeunes filles en fleurs. Xa aurait pu durer un peu plus, un peu plus longtemps, longtemps, longtemps, longtemps, avant que les poètes aient disparu.

Roman en cours d’écriture (chapitre 9)