DIX MINUTES AVANT MINUIT quoi je vais pondre pour ma 6 millième intervention sur le blog poésiemodedemploi ? (ouvert le 8 janvier 2006 : un poème par jour, écrit chaque nuit)) quoi je vais musiquer lexiquer dramaturgiquement faire exister Huit minutes avant minuit : sens et contre-sens comment écrit-on quand on fait de la poésie de personne au carrefour des marginalités et des pensées sauvages qui ont en horreur le cogito ? Cinq minutes avant médianoche cinq petits leurs culs en rond misère regardent le boulanger faire le lourd pain blond trois minutes avant minuit je suis absorbé par l’activité d’écriture à la pointe fine et par son incompatibilité avec la pensée qui s’énonce clairement Et voilà 00.00 c’est ainsi que s’affiche minuit deux zéros suivis de deux zéros séparés par un point un point inutile pour ce texte (ce commencement qui n’en finit pas) interdit à ceux et celles qui en lisant projettent leurs idées toutes faites passage du 3 avril au 4 avril 2023
LE PETIT VÉLO BELGE
LE PETIT VÉLO BELGE Le petit vélo belge Sans roues sans cadre Sans pédalier Un Magritte un Michaux Un Norge un Dotremont Par monts et par Alechinsky Le petit vélo beige Pour faire du ski En selle à Bruxelles Ou dans les flammes De l’Oiseau de Feu D’Igor Stravinsky
TROIS DIALOGUES INTÉRIEURS
QUESTION SANS RÉPONSE
-Si quelqu’un répond à ta question, c’est qu’il n’a rien compris.
-Mais quelle est la question, je ne m’en souviens plus ?
-Mieux vaut la laisser en suspens, tu ne crois pas ?
-Non, je préfère que tu me la rappelles.
-J’en ai deux à toi de choisir.
-La deuxième.
-Pourquoi y-a-t-il quelqu’un plutôt que personne ?
-J’ai compris.
dialogue intérieur XXV
CREVER
-Sauf si je crève d’un coup, je tiendrai bon jusqu’à mon dernier vers, me dit le poème.
-Mais t’es pas un pneu quand même, lui réponds-je.
-Mais non crever, je veux dire clamser, casser sa pipe, aller ad patres, mourir quoi !
– Ah ! bon ce regain de vocabulaire me rassure, tu n’es pas prêt encore de rouler sur ta jante.
dialogue intérieur XXVI
SE GRATTER LE NEZ
-Là je dois avouer que je n’y arrive pas. Un quart d’heure au moins que je me gratte le nez et le poème n’en sort toujours pas.
-Essaie les trous.
-Mais ça va saigner !
-Mais bien sûr, un poème Faut qu’ça saigne !
Dialogue intérieur XXVII
LES BARRICADES MYSTÉRIEUSES
Pas une nuit sans réveils obligés Comme des passages de rêves Dans la réalité Le lit est entrain de flotter Ou de brûler ses dernières cartouches Hiéroglyphes mystérieuses des insomnies Comme Couperin le compositeur Dressait ses barricades (à écouter ici)
MOTS CHARGÉS D’ENFANCE
MOTS CHARGÉS D’ENFANCE Les buses tournoyant au-dessus de notre poulailler La gnole qui coulait de l’alambic et dans le gosier des hommes faisant les forts Le terre fort la bonne terre à blé des côteaux L’Arize ma rivière enchantée Et le tabac prisé roulé fumé le Caporal Le parler occitan qu’on appelait patois Mais si toi t’es pas toi t’es qui alors ?