POUR MÉMOIRE 71/75

Pour oublier le temps

71

Tu te souviens de l’autobus vert avec un toit blanc mais était ce un R ou un S ?

72

Tu te souviens que tu montas sur sa plateforme arrière un livre ancien sous le bras

73

Tu te souviens que le bus passa devant un cinéma où l’on jouait La soupe au canard

74

Tu te souviens de la séquence où Groucho Marx tire le rideau d’une fenêtre pour empêcher un boulet de canon de traverser la pièce

75

Tu te souviens du contrôleur criant gare Saint Lazare Terminus des Exercices de style

ÉLOGES DES HAÏKUS courriels 84

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

84

R.B. à JJ D.

Plus on lit de poésie, plus on est bon scénariste, car on se rapproche de l’image, l’image pure. Si on lit des haïkus tous les jours, on apprend à condenser en dix-sept syllabes ce que d’autres disent en sept pages.

JJ D. à R.B.

Sommeil végétal

Dans la forêt de mes rêves

Mes arbres gambadent

.

R.B. (22 août 1920-5 juin 2012)

L’auteur de Fahrenheit 451, la température où brûlent les livres.

JJ D. (24 mars 1945-…) le pourvoyeur du blog Poésie mode d’emploi  (8/01/2006-14/05/2026) non stop

OUBLIEUSE MÉMOIRE 66/70

…l’honnête témoignage de sa mémoire, un amoncellement de choses brisées, pacotilles miroitantes ou éteintes, désassemblées, et que nul ciment ou fil d’or ne relie.

Jean Vilar, Chronique romanesque.

66

Je me souviens du vent d’autan

67

Je me souviens d’autant en emporte le vent

68

Je me souviens du vin de nos vignes dont une s’appelait la vigne de madame

69

Je me souviens de madame se meurt madame est morte

70

Je me souviens d’un temps que les moins de quatre fois vingt ans ne peuvent pas connaître

MAI 68 ce commencement qui n’en finit pas 27/68

27/68

MAI 68 en peinture

JJ Dorio

tableau exécuté le 04/07/2014

50×70 cm acryliques

suivi d’une lecture de Danielle Nabonne

Un cheval noir

Du désordre

les sabots

Gueule ouverte loup

La violence du désir

Ô l’océan d’antan

Nos bleus mouvants

Je t’aime je pars

Les non-dits les hasards

La course sans délai

La poursuite de nos Utopies

Nous lisions dans les lignes

De nos mains entrelacées

Un avenir improbable

Camarades

Nous écrivions

L’instant sa folle éternité

Une étoile filait

Vers l’infini

Nous la suivions

À la trace