MAI 68 25/68 un commencement qui n’en finit pas

25/68

MON ÂGE ET LE MÉNAGE DE MAI

– Et en Mai 68 alors quel âge avais-tu ?

– 23. Comme l’Enragé de Nanterre.

– Solidarité de classe ?

– Oui, les troufions de l’Histoire avec sa grande H, se désignaient ainsi,

sauf que nous la classe on l’a passée.

– ?

– Et oui, Cohn Bendit pour y échapper s’est réfugié dans sa seconde patrie la R.F.A .

et moi je suis parti en octobre faire la Coopé (la coopération culturelle) à Caracas.

– Tu as ainsi évité la gueule de bois post68.

– Tout juste. Et quand je suis rentré l’automne 70, Pompon était président,

et le Général n’allait pas tarder, bal tragique à Colombey,  à casser sa pipe.

– Et toi tu as écrit pendant les Événements ?

– Presque rien sur le champ à part ça :

Nous allâmes aux fêtes de Mai

Ah ! l’âme enivrée d’une joie sans pareille

Nous allâmes aux fêtes de Mai

Jamais nous ne serons les mêmes !

– Et ensuite ?

– J’ai lu 68 livres, essais, histoire, romans, poèmes.

Dont le On ferme ! de Prévert, 68 ans en 68.

J’ai regardé les affiches et les peintures

Dont Mai 68 de Miró 75 ans à l’époque.

J’ai écrit des tonnes de suites par bouffées délirantes

toutes pour l’instant sont dans des pages à l’abri,

sous les pavés.

Mai 68 Miró

Mai 1968
de Jacques Prévert

On ferme !
Cri du coeur des gardiens du musée homme usé
Cri du coeur à greffer
à rafistoler
Cri d'un coeur exténué
On ferme !
On ferme la Cinémathèque et la Sorbonne avec
On ferme !
On verrouille l'espoir
On cloître les idées
On ferme !
O.R.T.F. bouclée
Vérités séquestrées
Jeunesse bâillonnée
On ferme !
Et si la jeunesse ouvre la bouche
par la force des choses
par les forces de l'ordre
on la lui fait fermer
On ferme !
Mais la jeunesse à terre
matraquée piétinée
gazée et aveuglée
se relève pour forcer les grandes portes ouvertes
les portes d'un passé mensonger
périmé
On ouvre !
On ouvre sur la vie
la solidarité
et sur la liberté de la lucidité.

LA BEAUTÉ LE LUXE L’ENFANCE courriels 82

COURRIELS

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

82

C.B. à S de B.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

S de B à C B

Le privilège de l’enfance pour qui la beauté, le luxe, le bonheur sont des choses qui se mangent.

.

C.B.(9 avril 1821-31 août 1867) Ce poète albatros fut aussi un de premiers critiques des salons de peintres de son époque.

S.de B. (9 janvier 1908-14 avril 1986) On oublie que cette théoricienne féministe des Temps modernes obtint le prix Goncourt pour son roman Les mandarins

DISPARITIONS XV

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

AVANT LIRELes fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

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UNE PAGE D’UN AUTEUR INCERTAIN

Je ne suis pas certain

D’avoir écrit ceci

Que je retrouve écrit

Sur une page blanche

D’un livre de Caillois

Vous savez de ces pages

Que le temps a jauni

Données par l’imprimeur

Bussière de Saint-Amand

Maury à Malesherbes

Pollina à Luçon

(On peut vérifier)

Mais Caillois s’est changé

En Agatha Christie

Ou Michel Pastoureau

Les images foisonnent

Sur ces pages noircies

Par ces écrits secrets

Sur un seul exemplaire

L’un parlait de nos rêves

De leurs incertitudes

C’est moi qui ai rêvé

Cette histoire de Chinois

Ou l’ai-je lue dans Tchouang

Tseu ou dans Nabokov

L’autre parlait de Nègres

Rouge était le troisième

Je ne suis pas certain

D’avoir écrit ceci

Que je biffe d’un trait

Ce 21 décembre 1978

JJ Dorio

LA NUIT ENCORE

La nuit encore

Toujours la nuit

Rien de voulu

Rien de choisi

Ni Oulipo

Ni Olympie

.

La nuit rumine

Sa poésie

Vous dire laquelle

Je ne sais pas

Si je savais

N’écrirai pas

.

La nuit

Toutes les nuits

Au bord du vide

Tissé d’histoires

Décousues

D’une vie

Où l’écriture

A pris

Une place démesurée

.

La nuit d’heures immobiles

Qui ne sont pas indiquées

Sur l’horloge ou le cadran

Ce qui les détermine…

.

Un rien

Rien de voulu

Rien de choisi

La nuit encore

Toujours la nuit

OUBLIEUSE MÉMOIRE 51/55

…l’honnête témoignage de sa mémoire, un amoncellement de choses brisées, pacotilles miroitantes ou éteintes, désassemblées, et que nul ciment ou fil d’or ne relie.

Jean Vilar, Chronique romanesque.

51

Je me souviens de mon école

52
Je me souviens des dictées à coups de règles sur les doigts ou les têtes

53
Je me souviens des doigts mordus pour ne pas prendre le fou rire

54
Je me souviens de la règle de trois

55
Je me souviens du dessous obscur de l’escalier : une réserve de bois et le cachot pour écoliers récalcitrants