CHANSONS DU SOIR 2 la timide

voix paroles et musique JJ Dorio
accompagnement piano Léo Cotten




Écoutez la chanson timide

De vers anciens

Elle est discrète et très fragile

Un petit rien





Écoutez la chanson secrète

Des vers sans rimes

Elle est cachée Une bluette

Dans la nature





Écoutez la chanson mezzo

Sans vers ni iambes

Ma no troppo elle est baroque

Viole de gambe





Écoutez le couplet qui fuit

Ce court instant

Et que Chansons vous accompagnent

In aeternam


	

PENSER aux autres que soi-même, à l’air libre, à panser nos douleurs





Nous ne sommes pas de ceux qui ne pensent qu’au milieu des livres et dont l’idée attend pour naître les stimuli des pages; notre éthos est de penser à l’air libre, marchant, sautant, montant, dansant, de préférence sur les montagnes solitaires ou sur les bords de mer, là où même les chemins se font méditatifs. Nietzche





Parfois je pense et parfois je suis Paul Valéry





Penser ses pensées qui vont viennent passent et repassent Penser au furet que mon père lâchait dans les terriers pour faire sortir les conils (sauf que souvent saoulé de sang, mustela putorinsfuro dans le trou s’endormait) Penser aux dernières pensées qui assaillent Jésus : Papa pourquoi m’as-tu abandonné ? Penser à Descartes seul dans son poêle qui a une crise de doute Penser à sa planche de survie le cogito ergo sum Penser aux ergots sur lesquels se dressent les petits coqs machos que jadis naguère nous appelions phallocrates Penser (à nouveau) à Descartes dont le cogito nous enseigne que l’existence de la conscience se confond avec la conscience d’exister (Merlau-Ponty l’a dit) Penser à l’objection de Paul Ricœur pour qui la connaissance intuitive de nous-même est une illusion : il n’y a pas d’accès de soi à soi sans la médiation des signes, des symboles et des textes Penser à nos ami.e.s qui une fois mort.e.s ne répondent plus à nos questions Penser que cependant au détour d’une lettre, d’une image, et (plus rarement mais aussi) d’un poème, nous continuons à les solliciter Penser à mon recueil Poèmes à ma morte publié par l’Harmattan quatre ans après sa disparition Penser à ce qu’écrivit le directeur de collection qui les publia : plus qu’un témoignage sur la disparue, ce recueil s’apparente à un accompagnement de la morte aux frontières des mots retrouvés pour la distraire de sa nuit définitive (Philippe Tancelin) Penser à distaire nos douleurs du souvenir de nos félicités (Albert Camus) Penser à l’Art poétique vécu Jadis et Naguère par Verlaine Penser à la musique avant toute chose déclinée par ce maître ès poésie en 9 strophes de 4 vers chacun de 9 syllabes (les ennéasyllabes) Penser à privilégier l’Impair sans rien en lui qui pèse ou qui pose Penser à préférer aux gens qui profèrent leurs paroles d’Évangile, les gens qui doutent Penser à la petite chanson d’Anne Sylvestre et la balancer dans les jambes de ceux qui prennent les poètes pour des cons Penser à veiller au grain des mots compte tenu des choses Penser à ce que l’amour des mots choisis non sans quelque méprise nous procure et Penser  que tout le reste est littérature

CHANSONS DU SOIR 1 Les guinguettes

la chanson des guinguettes
orchestration accompagnement Philippe Bruguière
studio du Petit Mas (Martigues)

LA CHANSON DES GUINGUETTES

Paroles et musique JJ Dorio





La chanson des guinguettes du pavé des bistrots

Les goualantes le guinche le dimanch’ des prolos

Un brin de nostalgie des rengain’s oubliées

36 et 68 La plage sous les pavés





La chanson des cités le rap laisse bêton

I am l’encre et le sang la misère la baston

Une dos’ d’Utopie dans ton cocktail maison

Petit frère faut changer la haine en illusion





La chanson éternelle sur les lèvres des vivants

La douceur des voyelles la douleur des mourants

La chanson des guinguettes du pavé des bistrots

36 et 68 Música maestro 







LIRE « legere » recueillir, choisir, butiner, faire coexister ses bibliothèques en expansion





La chair est triste hélas et j’ai lu tous les livres

Stéphane Mallarmé Brise marine





Aucun homme n’aura le temps de lire ce livre durant sa vie

puisque ça fait environ cent millions d’années de lecture

pour un homme qui lirait huit heures par jour

Raymond Queneau Cent mille milliards de poèmes





Lire OULIPO Lire où ? depuis li pot Lire dans ces lieux que l’on nommait du temps du jeune Arthur des latrines : il pensait là tranquille et livrant ses narines (« Les poètes de sept ans ») Lire sur le lutrin d’Ikea le dernier livre commandé à Amazon (Horreur Non Ça Jamais !) Lire au lit comme le fait celui qui écrit ceci un peu désappointé Lire au nid douillet Brise marine de Stéphane Mallarmé Lire Colloque sentimental, dans le vieux parc solitaire et glacé Lire avec le spectre de Verlaine conversant toutes les nuits avec on ne sait qui Lire avec son institutrice préférée cette maitresse mère qui nous apprit l’abécédaire Lire sur les lèvres de son papa l’occitan exempt de tout livre Lire cette ballade irlandaise d’un trouba toubadou troubadour né à Toulouse (ô moun païs ô toulouseu ôtoulou ô toulouseu !) Lire assis sur un banc de Washington Square Washington Square d’Henry James inspiré (dit-on) d’Eugénie Grandet d’Honoré de Balzac Lire sur l’annuaire téléphonique des origines l’indicatif BALzac 001 Lire les mots égarés sur ses vieux cahiers d’écolier éternel Lire Tant de paroles échappées des ateliers de la douleur Lire du même Jean Tardieu cette voix sans personne qui écrit jour après nuit son pensum Lire heureux comme un pinson les lettres buissonnières adressées à Mimi Pinson Lire à sa fille Barbara il pleut sans cesse sur Brest Lire un livre ancien sous le bras le plus beau des poèmes en langue française écrit par ce monsieur de Kostrowitzky plus connu sous le nom de Guillaume Apollinaire Lire Marie celle du poème et celle (la vraie) que presque tout le monde a oublié Lire et regarder (car Marie Laurencin aussi peignait) son portrait de groupe (huile sur toile de 130×194 cm) où l’on peut voir « Apollinaire et ses ami.es » (en écriture inclusive) : Gertrude Stein, Fernande Olivier Apollinaire, Marguerite Gillot, Maurice Cremnitz, Picasso et  mademoiselle Laurencin elle-même : Quand donc reviendrez-vous Marie Lire avec délice l’affaire du 21 décembre une histoire d’amour cocasse et merveilleuse écrite par Géo Norge dans un recueil intitulé le vin profond (mon ami Daniel G. me l’envoya par la poste alors que j’habitais l’ « edificio Olimpo » à Caracas) Lire encore à sa vieille carcasse Roland Dubillard pour rire et Ronsard pour pleurer Lire sans masque et sans geste barrière en les mangeant et ruminant ses pages déchirées dans la plus grande bibliothèque de la chrétienté du siècle XIV Lire il nome della rosa en 7 chapitres qui voient se succéder 7 morts dont l’ordonnancement symbolique égare puis permet à l’enquêteur franciscain Guillaume de Baskerville de découvrir « le pot aux roses » Lire encore et toujours Mignonne allons voir si la rose Lire Demain dès l’aube hommage du père Hugo à sa fille Léopoldine cruellement noyée Et enfin s’en aller en titubant un petit peu et pour clore cette suite sans fin à l’enterrement d’une feuille morte qui comme chaque poète le sait au printemps est toute ressuscitée 

MANIFESTER sa puissance d’agir





Nous ne naissons pas libres, nous le devenons. Si la liberté politique doit certes protéger de la violence et garantir certains droits, sa véritable fin est de permettre à chacun de développer et de manifester sa puissance d’agir.      Jean François Billeter





Manifester sa joie Ce n’est/ qu’un début/ Continuons le/ Combat Manifester sa peine Et nos amours autant qu’il m’en souvienne Manifester en ce long moment hors temps de Mai 68 ou le rêve d’une grève générale réalisé.e Manifester en faisant les affiches collectives des Beauz’Arts qui faisaient dire aux peintres qui avaient quitté leurs ateliers L’art c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art Manifester dans son usine qui n’avait pas été occupée depuis 36 Manifester ce désir d’art de vivre non programmé Manifester nos paradigmes humanistes perdus et retrouvés Manifester nos solidaritudes avec les personnes vivantes – et bien vivantes- à nos côtés Manifester avec Edgar Morin (l’heureux centenaire) la mise à distance de ces fameux concepts mis à toutes les sauces et qui nous saoulent : L’abstraction formalisatrice a fini par se prendre pour la quintessence de la réalité alors qu’elle en est la déshydratation Manifester avec grand soin son autodérision souffrant d’insomnie échangerais mes écrits de plume contre un sommeil de plomb Manifester son goût du pastiche et du pastis de Marseille : le meilleur argument contre la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur de Mariani Manifester son côté marxiste tendance Groucho : si votre esprit s’égare, plus tard vous le retrouverez, mieux ça vaudra Manifester son désarroi devant tout manifeste sans contenu latent : Si vous avez compris, vous avez sûrement tort Manifester cette anaphore qui donne le tournis Manifester ces caractères pendant les uns aux autres qui s’agrippent et s’engrènent dans un réseau réfractaire à celui-là même qui l’a sécrété Manifestez !





miró vignette Mai 68 tableau 200×200 cm