MARCOTTAGES

Avancer en âge

Faire de son écriture

Un pur marcottage

.

Les fleurs de l’Art

Sont de belles éphémères

Coupées elles meurent

.

Assis dans l’oubli

Mettre au repos sa mémoire

Sa petite histoire

.

Je parle au papier

Avec un stylo en main

Qui fait des haïkus

.

Défilés d’images

Digressions  et ajoutages

Puis stop c’est fini

COMME UN TABLEAU NOIR


Comme un tableau noir de l’école communale
Le grand art enfantin à coup de craies plus blanches
Qu’un fond de Constellations de Joan Miró
Des étoiles de roses d’un sonnet de Ronsard
Étouffées par la mort qui nous a laissé choir
Un souffle un presque rien le cycle recommence

Comme ce tableau noir suscitant l’enjouement
Étude des trilles des vols d’engoulevent
Bestiaire des faucons hagards et crécerelles

Comme des lignes de naissances successives
Les sillons nouveaux les mottes luisantes les vers
Attirant les merles et les bergeronnettes
Les travaux et les jours la palette des nuits
Le temps qui est à la neige efface ce poème
Qui sautait à la corde d’un temps qui s’est perdu

AFFAIRES COURANTES

Dans la journée j’expédie les affaires courantes  afin de me consacrer, le temps ainsi dégagé, aux poèmes et chansons qui, peu ou prou, nous ressemblent.

Doux rêveur je l’admets cherchant toutes les nuits sa clef perdue sous le réverbère de Dame Poésie.

Autant dire faiseur comme Frère Jacques, d’Encres Vives et de  feuilles mortes, transformées grâce à la musique de Kozma en Autun Leaves, standard du jazz, comme on dit.

Version française, l’originale, et américaine , à écouter et à réécouter en expédiant ses affaires courantes.

Conseil d’ami.

DE SACRÉS MALENTENDUS

Il pleut toujours où c’est mouillé

J’écris ce texte au doigt mouillé

Depuis Pont de Suert

Pyreneos catalanas

Ce lieu est un choix délibéré

Donnant accès à une vallée

Où poussèrent comme des champignons

Des églises de type lombard

Aux XIe et XIIe siècles

Je m’aperçois que ce message verbal

N’est en rien une œuvre d’art

À moins que tout ce bon désordre

Ne soit qu’une invention délibérée

La diction d’un poète prosateur privé de prostate depuis belle lurette et par conséquent se livrant comme au bon vieux temps à une écriture protestataire parodique (plus ou moins)

Mais Non Comme disait naguère un des pères du Structuralisme (mot entre parenthèses qui ne fait plus partie du vocabulaire de l’université et encore moins de celui des animateurs médiatiques fussent-ils opérant dans l’émission matinale de France Culture)

Mais Non : ce ne sont pas les ressemblances mais les différences qui se ressemblent

Outre ces constructions à la lombarde ces églises médiévales étaient ornées de peintures qui frappent encore mon sens du sacré que je croyais avoir définitivement perdu

Mais chut je crains que cette dernière incise ne fasse pas sérieux en ce jour de pénultième étape du tour de France et du grand remplacement sur les routes et carreteras des juilletistes tristes par des aoûtiens bons chrétiens

Et donc selon la formule préférée des théoriciens du Malentendu : mettons que je n’ai rien dit !