1
Pas plus que l’antique sage grec
Je n’aime pas me réchauffer
à quelques formules creuses
Meilleurs Vœux
par exemple répété à satiété
par ceux qui ne nous veulent
aucun bien
Et cependant
Je forme le vœu que les lois de la vie
vous soient l’année entière
douces et légères
Et que tous les jours revienne
ce beau matin des étrennes
Où loin des calculs des hypocrites
Vous entriez résolu dans la chambre des poésies
des présences et des dons
savourant – savoirs saveurs et… friandises –
les baisers répétés et la gaîté permise
.
2
Pour faire court
pour la bonne année
Avec les fleurs la fête de ceux
et celles
Qui la murmurent
sans la crier
Pour faire vrai
pour que nos lèvres
Ne se forcent pas à dire à tout prix
la bonne année
Les jours heureux n’existent pas
Mais nous avons à cœur d’écrire :
L’année sera belle !
3
On n'est jamais sûr
De la bonne rime
De la Roue qui tourne
Sa folle Fortune
Mais personne ne nous empêchera
Contre douleurs cruelles
D'ordonner pour l'an nouvel
Grâce et douceur
4
Or m'ont fait les dieux célestes et terrestres
Tout fait heureux mêmement les sylvestres
Mêmement les valeurs spirituelles
De nos sociétés menacées par les mensonges
Vérités alternatives propagées par le poison des algorithmes
Face aux promesses de visées éthiques :
Le souhait de réaliser une vie bonne
Avec et pour autrui
Dans des institutions justes
5
JANVIER
en tétrasyllabes
Tu recommences
Mais cette nuit
Tu écris en bleu
Tu lis un livre
d'anthologie
Coquelicots
Et des bleuets
Tu es celui
Qui fait des vers
Tirés d'un puits
D'apocalypse
Et tu es celle
Qui puise l'eau
D'une grammaire
Revisitée
Tu es voleur
De tournesols
Tu es voleuse
De lunes rousses
Tu es un monde
De voies lactées
Mille soleils
Dans ta cervelle
Dansant des rêves
Démesurés
Tu es le vide
Illimité
Tu mets le feu
Au grand esprit
des Poésies
2025 ON FERME
L’année a passé au galop, je n’ose pas la relire, mais je peux la revoir.
Il y eut des passages de « revivifiante vertu » : en vallée d’Aure, le long de Garonne de Toulouse au val d’Aran, de Brive la Gaillarde (dont le marché a été baptisé Brassens) à Chambon sur Lignon, de Seo de Urgel à la Tour Fenestrelle. Des temps perdus désormais que je cherche néanmoins à oublier pour ouvrir 2026.
Lors je souffle sur les cendres de l’an passé
me préparant à la venue du jour prochain
celui qui viendra en premier,
du fond de l’inconnu.
LE BOUDAN
L’année arrive à son terme
C’est le boudan
Tiens voilà du Boudan
Voilà du Boudan
Voilà du bout d’an
LA PETITE GRÂCE
L’écriture est une grâce
Mais elle n’existe que grâce
À de multiples essais
Qui oscillent entre Impasses
Ou petits bonheurs trouvés
Entre les sons et le sens
.
Les mots alors s’insèrent
dans la chaîne d’une conversation
depuis longtemps commencée
Nous avons l’illusion qu’elle se prolongera
Quand nous aurons quitté la scène
LECTEURS LECTRICES etc
LECTEURS LECTRICES
Lecteurs improbables selon Gérard Genette, hypocrites pour Baudelaire, apocryphes chez Umberto Ecco, labyrinthiques pour Borges, d’outre- tombe selon Chateaubriand, suffisants = capables, le souhait de Montaigne, lecteurs d’eux-mêmes, dixit Proust, etc…
Un poète moins connu mais tout aussi important à mon goût, m'écrivit depuis son village de Veilhes, dans le Lauragais, ce petit bijou : " Je me suis habitué à considérer tout poème venant d’être écrit comme un fruit naissant, une promesse, un apparaître verbal d’un instant plus ou moins privilégié, une ébauche à parfaire, un voyage à continuer. Ainsi n’y vois-je jamais une version définitive, une œuvre achevée, notions qui n’ont plus de sens pour moi. J’incline même à souhaiter le vrai lecteur qui écrirait un autre poème à partir du mien. "
Une manière de reprendre cet aphorisme de Paul Ricœur: Le texte grandit avec ses lecteurs
Il a été écrit loin d’eux, sans penser à personne, pour ce qu’on cherche en soi d’essentiel, mais le texte achevé, sans l’épreuve d’une lecture accomplie par les autres, il reste lettre morte, un jeu solitaire et stérile.