LES LIVRES ET LES CAHIERS AU FEU

Petit bonhomme ludique

Tu jouais au jeu de barre

Aux gendarmes et aux voleurs

Au béret

À chat perché

À la chasse au lézard vert

À passez ponpon les carillons

À tuter les grillons du pré

À rire et à crier

Le bon temps de la vie

Les prénoms les surnoms

Des filles et des garçons

Et du jour des vacances

Les livres et les cahiers au feu

Et les maîtres au beau milieu


Fos sur Mer 9 heures du matin 07/07/2026

DISPARITIONS XXIII Raymond Queneau

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

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LE CHIENDENT

La silhouette d’un homme se profila ; simultanément des milliers.

*

Il y en avait bien des milliers.

LOIN DE RUEIL

Les ordures déboulèrent de la boîte métallique et churent en trombe  dans la poubelle, coquilles d’œufs, trognons , papiers graisseux, épluchures.

*

Il range on manuscrit dans un tiroir qu’il ferme à clef. Il se dirige vers le plumard.

ICARE

Sur les feuilles, pas d’Icare ; entre, non plus.

*

Hubert

(refermant son manuscrit sur Icare)

Tout se passe comme prévu ; mon roman est terminé.

UNE HISTOIRE MODÈLE

L’Histoire est la  science du malheur des hommes.

*

(L’auteur aurait sans doute envisagé la possibilité des rythmes dans les différentes civilisations.)

ZAZIE DANS LE MÉTRO

Doukipudonktan, se demanda Gabriel, excédé.

*

-Alors tu t’es bien amusée ?

-Comme ça.

-Tu as vu le métro ?

-Non.

-Alors qu’est-ce que tu as fait ?

– J’ai vieilli.

SAINT GLINGLIN

Drôle de vie, la vie de poisson !

Doradrole ! vairon…

*

Et la population se montre très satisfaite de croire savoir pourquoi le faire ou le défaire, si elle le voulait, quand elle le voudrait, en toute quiétude, le temps, le beau temps, le beau temps fixe.

La première (incipit) et la dernière phrase (excipit) de ces romans de Queneau

TEXTES DE SURVIE

Textes de survie

D’un livre fantôme

.

Choses qui ne font que passer :

Jeux de marelles enfantins

Propos sur le bonheur

Piano silencieux de Cage

Amours délices orgues

.

Choses à faire avant de mourir :

Planter ses choux à Montaigne

Faire du pédalo sur la plage de la Corniche

Écrire un concerto mediterranéo pour mandoline

Faire un dictionnaire à part soi

.

Choses nées sous la plume :

Ploum ploum tralala

Moby Dick la baleine blanche

Les nuits transfigurées

La chanson du jardinier fou

Que mes morts hâblent

C’est mémorable

(rimes équivoquées)

.

Et ce texte fantôme

D’un livre de survie

.

Martigues 07/07/2026

AU GALOP

AU GALOP

«  Quand j’écris au galop, je n’ose pas me relire. » Marcel Proust

                Ça s’écrit par fragments, par morceaux, désunis au premier abord.

Ça s’écrit à jets continus, uniquement la nuit.

Le jour c’est interdit.

Ça s’écrit sur de petits bouts de papier que l’on déchire ensuite à la main

et que l’on destine, imaginairement, à la lunette nommée kaléidoscope.

Ce qui nécessite – soi-dit en passant – une lecture à nulle autre pareille :

Secouez, oubliez vos tics de lecteurs ne lisant que du bout des yeux,

Et, encore mieux, prenez en main, vous aussi, votre plume,

au lieu de chercher à dormir la nuit, à tout prix.

« Ajoutez quelque part », votre fragment, votre pièce, votre ajoutage.

Il n’est pas nécessaire de vous relire…

PEINDRE LE PASSAGE

Tu repars de zéro Tu repars du néant pour faire l’essai de redonner de l’être au beau parler Tu ne fais que passer par stylo interposé ou par pinceau chinant ses caractères énigmatiques Mais aussi contrairement au dilemme shakespearien to be or not to be tu reprends le propos du maître des Essais tu peins le passage Avec légèreté et forces manières formes et mouvements Tu repars Tu fais le départ entre dire et faire faire et laisser dire Tu as deux faires au feu la parole et l’écriture le langage et la langue le vague et le divague Muse abuse ou s’abuse Tu dis stop Tu prends congé Tu lèves la main qui écrivait Tu lèves l’ancre et tu t’en vas couci-couça  tracer ce dessin enfantin du 6 juillet 2026