LES POÈMES

Les poèmes ne tombent pas du ciel

Les poèmes ne se trouvent pas sous les sabots d’un cheval

Les poèmes nouveaux essaient en vain d’échapper aux anciens

Les poèmes font mouvement vers l’émotion d’un instant unique

Les poèmes font aux penseurs la nique

Les poèmes se font par essais successifs qui font crisser la page

ou quand c’est raté la déchirent

J’ai dicté ce poème à Madame Puérilité qui a ajouté

Pour les enfants et pour les raffinés

JE VOIS LES MOTS

Je vois les mots une fois posés sur la page vierge mais je m’en vois pour qu’ils adviennent et d’ailleurs parfois je ne peux les voir en peinture

À d’autres moments par un heureux hasard les mots font apparaître un monde disparu qui était dans la coulisse

Ainsi la cueillette des simples sur la colline des Martigues qui surplombe ma maison fait apparaître la place aux herbes peinte par Camoin que tant nous admirâmes au musée de l’Annonciade

Je vois les mots au-delà de la mort de celle qui alors m’accompagnait dans le musée de Saint Tropez parce qu’après sa mort je désire que sa grande force lui dure

PORTÉ PAR PORTAL

Une page blanche j’en ai couvert des milliers mais si je savais comment réussir à coup sûr son écriture j’arrêterais tout de suite

Ce soir en l’écrivant j’ai de la chance je suis porté par Michel Portal

Un musicien qui a joué de toutes les musiques un dérangeur : ça m’arrange

Et naturellement ça dérange les auditeurs et les lecteurs qui ne savent pas comment s’y prendre avec l’oeil l’oreille et les pieds par-dessus le marché qui martèlent le rythme d’une ballade

Celle d’un Pendu

Non celui de frère François Villon

Mais celui de l’arcane du tarot de Marseille

Le XIIe qui survient suspendu par les pieds dans la pudeur du monde

Voilà ma page vierge jaune comme si j’avais pondu un oeuf

Et maintenant Musica maestro

LA RALENTIE

ON A TOUTE LA NUIT POUR JOUER LA RALENTIE 
Avec son horloge de sable Avec la page que l’on remplit peu à peu de ce qui est à l’intérieur de soi Avec tout ce qui alentour se dérobe Avec l’Histoire grande hache et notre petite histoire qui se pare d’oublis Tout est au ralenti a dit le docteur devant le corps de ma vieille grand-mère qui quittait peu à peu sa vie Je ralentis Je dorveille et je veilledor Je n’ai pas envie de parler de moi J’ai envie de tendre l’oreille pour écouter la germination Et le bruit du temps Ossip Mandelstam (1891-1938)
Un nouveau dictionnaire à part moi p 88
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L’ÉCRITURE ABRACADABRANTESQUE

Non pas Cobra ni Dante ni le Brabant du laboureur de l’an 40

Mais l’écriture en marchant de deux impétrants née entre Panthéon et la fontaine du Boulmich

Cette nuit sans tambour ni trompette

L’écriture automatique fait sa lessive

Elle étend ses chants magnétiques

À la Bugade de Villeneuve les Avignon

À Grenoble Ville Nouvelle

À Martigues Venise provençale

C’est l’écriture Jean de Nivelle

Qui fuit quand on l’appelle

Et qui revient au bercail

Quand on l’attend la moins

Quand la mer en allée

Emporte le soleil de l’éternité

Quoi Science avec Patience

Et surtout on y entre sans frapper