NI VU NI CONNU

Ni vu ni connu
Je suis le parfum
Vivant et défunt
Dans le vent venu
Paul Valéry


Ni vu ni connu
Un vers de Charmes
De Paul Valéry

Consulté la nuit
D’un onze novembre
Quand cessa le feu
De la guerre infâme

Ni vu ni connu
Bernard Jean Dorio
Mon grand-père mort
Sur le champ d’horreur

Ni vu ni connu
Valéry en fit
Un esprit de l’air
Baptisé Le Sylphe

Ni lu ni compris
Par les va-t-en guerre

Aux pires esprits
Qui encor sévissent
Que de morts promises !


11/11/2021



ni vu ni connu

LES ENFANTS SE CASSENT

tu dis – les enfants aujourd’hui
un peu partout se cassent…
-Normal ils sont fragiles non ?

Daniel Biga



Ils sont fragiles parce que…

l’écran les prive de monter aux arbres
internet les interne dans des jeux vidés
Ô de danses sur le volcan !

l’école les laisse des jours entiers Assis
de vrais petits amours de chaises en lisière 1

Les enfants aujourd’hui
Donnez-leur s’il vous plaît
Ma Bohème et ses rimes le long des routes
Des fugues sur des bateaux ivres d’Amazonie 
Et de recherche de l’infini

Des enfants éveillés résistants
Pour qu’un peu partout
Ils se cassent !

LA QUÊTE





Comme il était difficile de serrer de près les choses !
La matière passait de la joie diffuse à une sorte de tristesse sourde.
Tout durait et restait peuplé d’attente.

Jean Follain
Exister 


Je poursuis la quête
Mais sans sébile
La quête des poèmes lus
Quand dort la ville
Et que je transforme
Au fur et à mesure
Moderato cantabile

Je poursuis la manière
De faire ainsi place nette
À mes pièces encombrées
De trop de livres
Qui vont rejoindre des cartons
Comme des tombes de temples
Enfouis sous le sable

Je poursuis l’énigme
En enclenchant la roue de Fortune
Des cycles d’une vie singulière
Où l’on fuit la menteuse
Et cruelle illusion du bonheur 1

Je poursuis la quête
De nos capacités
À nous renouveler


1 George Sand

EXIGENCES ET VERTUS DE POÉSIE





Une poésie de vie, tout autre chose que cette fade vie poétique que s’obstinent à défendre tant de « romantiques » attardés  dans leurs tours d’ivoire et de bêton.

Julio Cortázar 


Les gens jeunes ont des velléités d’écrire des poèmes
Et puis quand ils grandissent
On leur fait croire
Qu’il faut être un guerrier
Et non manifester sa vulnérabilité

Les gens jeunes vieillissent vite
Ayant brisé le monde 
Par leur hubris
Ignorants des exigences et des vertus
De Poésie

Nous avons besoin de poésie pour nous libérer de la guerre des dieux,
pour déclarer notre amour,
pour nous guérir,
et aussi pour comprendre ce qui se passe à l'intérieur de notre langage.

Michel Butor