Il y a beaucoup de ruse
Dans ce court poème
Où la Muse légère
Écrit un poème Zen
Les lecteurs applaudissent
Mais d’une seule main
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
Il y a beaucoup de ruse
Dans ce court poème
Où la Muse légère
Écrit un poème Zen
Les lecteurs applaudissent
Mais d’une seule main

C’est la première fois que j’écris sur un filtre à café brun marron
Ça m’oblige à faire des lignes courbes et d’imaginer des mots à la place
des grains de café réduits en poudre :
Et nous les os devenons cendre et poudre. François Villon.
Recopier des vers anciens que j’ai en tête et qui viennent au hasard de mes rêveries,
m’irriguer de leurs sens toujours renouvelés.
La main écrit, s’arrête, reprend, parle, se tait, se répète, file la métaphore,
nous conduit au-delà de ce que nous sommes et nous ne sommes pas.
Labyrinthe, parcours labyrinthique, à tâtons, j’avance et je me heurte, j’interprète, je me trompe ou je réussis, le bel hasard me guide, ou me trahit.
Traité des Tropes de Du Marsais, pour y voir plus clair
ou trébucher – tropezar – dit-on en Espagne.
Le tout est de se relever. Relever ses filets de voix et de manières de dire.
Arborescences, buissonnements, puis, ce rameau d’arbre effeuillé l’hiver,
par la mort de sa compagne, et qui par l’opération de l’Écrit devient cristallisation
chère à l’amour stendhalien.

Sans Prétention manuscrit sur papier filtre à café fond « mola » tissée
don de Michel Perrin ethnologue : Tableaux Kuna (Arthaud)
*
SANS PRÉTENTION
Sans prétention
Mais non sans dynamisme
.
Sans tension
Mais non sans attention
.
Sans plan préétabli
Mais non sans
materia prima
sur l’établi
.
Sans prétexte
Mais non sans texte
qui file sous les cinq doigts
de la main qui écrit
.
Sans signes
mais non sans défi
aux singes grammairiens
.
Sans savoir
Mais non sans saveurs
des mémoires de l’oubli
.
Sans poésie
Mais avec cent poèmes
appris et désappris
.
Sans prix
à la foire
des poètes couronnés
Mais non sans semences
des clous du sabotier
.
Avec le rythme des saisons
de mon petit jardin imparfait
mais jouissif
.
Sans réelle reconnaissance
Mais non sans pensées joyeuses
qui font la sarabande
.
Sans fond en apparence
Mais non sans cette forme
goutte à goutte
qui fond sur un filtre à café
.
Sans accord
Mais non sans ces coups
de raccrocs et de rabots
sur la planche du vide et du chaos
Vivre dans les livres
D’Emma Bovary (née Rouault)
Et d’Élise (ou la vraie vie)
.
Vivre dans les livres
Des classiques Garnier
Et des romans de gare
.
Vivre dans les livres
De Sylvie et de Jérôme
Dans l’univers des Choses
.
Vivre dans les livres
Des bibliothèques liquides
Qui entourent
l’enfant de la haute mer
.
Vivre dans les livres
Ivres de Cripure
Et des Pieds Nickelés
.
Vivre dans le livre
De l’homme des Essais
Sujet merveilleusement
Vain divers et ondoyant
.
Vivre dans les pages
Des Calligrammes
Cœur Couronne Miroir
.
Vivre et mourir
Des Promesses de l’aube
Aux Mémoires d’outre-tombe
.
De nos fortunes et infortunes
Faire le livre du Conatus
Persévérer joyeux et libre
Par ces paroles sur le papier
Chargées d’amour ou tues
Je ne suis pas papillonant dans le monde mais je suis écrivant dans mon lit
Je ne suis pas dans la lune mais je suis présent dans le livre d’un certain Plume
Je ne suis pas dans le divan du divin Lacan mais je suis sortant de la grotte du Cyclope accroché au bélier de l’ Odyssée comme Personne
Je ne suis pas dans un labyrinthe imaginé en aveugle par Borges mais je suis dans la bouche d’ombre qui m’a dicté pour moi seul ces lignes contrastées (pour le moins)
Nuit de printemps
Un printemps de plus
Sur mes cheveux blancs
.
Nuit de printemps
Je lis des haïkus
Le cou reposant
Sur mon oreiller
.
Nuit de printemps
Issa entend un rossignol
Seishi évoque un cerf volant
Basho confond grenouille
Et piment rouge
.
Plouf dans le bénitier
.
Nuit de printemps
Le jour s’est couché
De mauvaise humeur
Il arborait un gilet jaune
.
Plouf dans le vivier
Des poésies printanières
Primesautières
.
J’écris une dernière fois
Nuit de printemps
.
Lenteur d’un lecteur
Passant d’une rive à l’autre
À quatre vingt berges