DISPARITIONS XVII

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords,

sont de mon cru.

Disparition XVII

Philippe J.

114/120

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MÉMOIRE OUBLI C’EST UN PEU COMME

Comme le tableau noir d’une école communale accueille le grand art enfantin à coups de craies plus blanches qu’un fond de Constellations de Joan Miró

Comme si la nuit on ne touchait plus terre

Comme si la nuit on y voyait les yeux fermés

Comme si la nuit on se noyait dans l’écume des jours

Comme si la nuit l’arbre de la Paix remuait encore

Comme neige les mots fondent sur la page vierge

Comme des haïkus langoureux

Un chœur de petites voix

« como di neve in alpe sanza vento » Dante

Comme neige sur l’Alpe un jour sans vent

DISPARITIONS XVII

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

AVANT LIRE

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

Chaque Disparition se compose de sept fragments.
Ils paraîtront sur ce blog du lundi au dimanche,

DISPARITION

XVII

Philippe J.

114/120

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CE PEU DE BRUITS

Comme si un homme très voûté lisait un livre à même le sol

Sa dernière lecture

Comme si l’on s’élevait de quelques mètres au cours de sa marche, pour voir un peu plus loin devant soi.

Comme si une figure dont on ne verrait que le dos vous invitait gracieusement à entrer dans la nuit la plus claire jamais rêvée

Feuillages qui s’apaisent devant la nuit, portant l’espace – comme tous ces oiseaux cachés dans le grand laurier commencent enfin à se taire.

Le reflet des lampes sur la vitre. Poèmes comme un reflet qui ne s’éteindrait pas fatalement avec nous.

LE CIEL EST D’UN BLEU QUI JUBILE

On reprend le chemin de la mer

Juste le jour où tu nous a quittés

Il y a si longtemps à présent

.

Toi qui es devenue l’épouse et la mère en allée

Roulant le soleil noir de sa nuit définitive

.

Le ciel est d’un bleu qui jubile

Tu serais si heureuse de nous accompagner

Avec nos filles petites filles et petits fils

À la plage que l’on nomme Beauté

.

In memoriam

Jo Dorio

(10 avril 1952-25 mai 2014)

S’ARRACHER À L’INDIFFÉRENCE et LE CONTRAIRE DE LA CRÉATION courriels 93

COURRIELS

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

93

P.R. à R d’A.

La vie comme telle ne forme pas un tout ; la nature peut produire des vivants, mais ils sont indifférents ; l’art peut ne produire que des êtres morts mais ils sont signifiants. Oui, voilà l’horizon de pensée ; arracher par le récit le temps raconté à l’indifférence.

R d’A. à P.R.

Le contraire de la création c’est l’intégration ou l’acceptation : adaptation de l’œuvre à l’institution artistique, de l’individu à la société, au pouvoir, adaptation du travail de l’artiste aux lois du marché, au goût du jour,etc…

Toutefois l’attitude du refus est une condition nécessaire mais non suffisante.

Le pur refus n’est créateur que s’il sert de base à une des actions qui visent à abolir la continuation de ce qu’on a refusé.

.

P.R. (27 février 1913-20 mai 2005) Ce philosophe de Temps et récit, nous souhaitait une vie belle et bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes.

O.R.d’A (1923-2009) Sa thèse :  La Création artistique et les promesses de la liberté (éditions Klincksieck, 1973), dans laquelle s’affirme l’idée typiquement dialectique selon laquelle « le rétrécissement croissant de la zone de création dans la vie des hommes ne peut que réaliser les conditions d’une créativité encore inconnue ».