ACCENTS RESTÉS DANS LA VOIX D’AUTRUI





Petit nuage en pantalon

Avec mes pleurs engloutis

Au fond des pages

 Claude Brugeilles

(Passe mots)

Editions La Découvrance (2016)





à Claude Brugeilles





Ni fleurs du mal

Ni fleurs du bien

Mais ces quelques lettres au vent de la nuit

Que je partage avec quelques vivants

Mais une infinité de disparus





Le stylo trace ses lignes

Apparemment sans but

Tel un tisonnier

avec lequel on fouaille ses cendres

et ses mots clés :





miettes, fragments, poussière, imagination,

accents restés dans la voix d’autrui*…





Assis devant un livre que je feuillette

Regardant les lumières des bateaux

Sur la passe maritime

Écoutant un raga de nuit





Ni fleurs ni couronne

Mais l’amour des figures

Que tisse la poésie





*Antonio Tabucchi

Il se fait tard de plus en plus tard

Claude Brugeilles
Aucune encre noire épure
hormis celle des cyprès et des nuits
ne confine au reposoir
l’écriture des neiges
C.B.

SEUL.E.S INCLUSIVEMENT





Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui

Paul Ricœur




Seul.e.s assurément

donnant le change

par cette danse tremblée

des lettres sur nos pages





Seul.e.s naturellement

dans cette attention flottante

réservée aux praticiens de l’hypnose

et aux pupilles de la nation des poètes

mort.e.s au front des métaphores vives





Seul.e.s dans les champs de tournesol

nos amours jaunes

et les matières immatérielles

que voient les aveugles

dans les musées





Seul.e.s et dialoguant

avec les portes les fenêtres

les graffiti de charbon

sur les murs des églises romanes





Seul.e.s dilaté.e.s

arpentant les mille et un livres

de notre bibliothèque unique

léguée aux dieux de la dispersion





                                                                                    Seul.e.s à la proue             

mon beau navire

ô ma mémoire*

naviguant divaguant

au cœur des poèmes

sans testaments





*Apollinaire





Seul.e.s terriblement

de ce qui en nous

est dur compassé et frigide*





*Odile Caradec





Seul.e.s vaillamment

Gall amant de la reine*

« el viento galán de torres

la prende por la cintura »**





*Marc Monnier ** Federico García Lorca





Seul.e.s obscurément 

à la lueur d’une chandelle

à la santé des serpes et des serpents





                                                                             Seul.e.s vocabulairement          

écriture inclusive dans la voix des passant.e.s

de nos instants secrets