MOTS ROULÉS DANS DU PAPIER JOB

Je ne sais comment dire

C’est pour ça que je l’écris

Pour rouler mes mots en absence

Dans le papier JOB des jours anciens

Sur la pierre ridée de Cassis

Et sa rivière ignorée

En des vaux étranges

dixit Rimbaud

Ce frère d’ombre

D’une voix pas du tout publique

Environnée d’une sœur

Qui devant la mer verte

Allée avec le soleil

Essaie d’en dire

Cassis 29 novembre 2024

Le papier JOB est un célèbre papier cigarette

La rivière de Cassis ici évoquée est un poème  d’Arthur Rimbaud (d’où les italiques)

Une affiche d’Alphonse Mucha pour une publicité du papier JOB

LES DEUX SOURCES DE COLETTE





Il y a un demi-siècle, et plus, que je parcours un livre avant de m’endormir.

Cette nuit c’étaient ces lignes cocasses de Colette évoquant le voisin d’un jardin attenant,

qui bêchait parlant à son chien blanc qu’il teignait au 14 juillet « la tête en bleu et l’arrière-train en rouge. »

À mon réveil, un peu avant 7 heures, je reprends « Sido », stupéfait, étonné et ravi,

d’apprendre que cette mère unique réveillait l’été sa gamine à trois heures et demie !

La petite « Beauté, Joyau-tout-en-or », s’en allait « un panier vide à chaque bras, vers les fraises, les cassis et les groseilles barbues ». Revenant à la cloche de la première messe, mais pas avant de s’être saoulée des fruits sauvages recueillis et d’avoir goûté l’eau de  deux sources perdues.

Quand sa plume lui dicte ce dernier souvenir, l’écrivaine qui a atteint les trois quarts de sa vie,

souhaite qu’ « au moment de tout finir », la saveur des sources emplisse encore sa bouche, « et que j’emporte, avec moi, cette gorgée imaginaire*… »

Avant de tout finir, formule ouverte à tous les vents.

Ce matin du lendemain de Noël 2020, c’est Mistral fou qui retient un temps mes volets.

Durant ses derniers jours, ma femme, ma « semblance », ma moitié, ne voulait plus qu’on les ferme la nuit.

Elle voulait encore goûter la saveur des étoiles, le pâle dernier reflet d’un monde qui allait la quitter.





*Et que j’emporte entre mes dents un flocon des neiges d’antan. Brassens (Le Moyenâgeux) Hommage à François Villon