LES VERS DE RACINE GLISSENT SOUS MES YEUX

LES VERS DE RACINE GLISSENT SUR MES YEUX Eh bien ! madame eh bien ! il faut vous satisfaire Eh quoi ! madame eh quoi ! dans l’état où nous sommes Eh bien ! Eh quoi ! mes yeux font coicoi Racine me rend coi Je reprends alors Le lambeau récit d’une vraie tragédie hélas ! C’étaient des hommes en armes C’étaient leurs balles C’était ce que nous n’avions pas imaginé nous les professionnels de l’imagination agressive Je lis de trois pages en trois pages avec une interruption ce passage du livre juste après l’attentat intitulé Entre les morts Trop dur à lire Reracine : Je veux être malade -Vous ne l’êtes que trop Donnez-vous du repos Vous n’avez tantôt que la peau et les os « Un loup n’avait que la peau et les os Tant les chiens faisaient bonne garde » L’homme en chair et en os (el hombre de carne y hueso) chez Michel de Unamuno : « le sentiment tragique de la vie » publié en 1912 juste avant le grand carnage de 14-18 « Il y a une figure comiquement tragique…à savoir le chevalier à la triste figure Notre-Seigneur Don Quichotte le Christ espagnol » Tignous est mort le stylo à la main comme un habitant de Pompée saisi par la lave Nous avions été victimes de censeurs les plus efficaces , ceux qui liquident tout sans avoir rien lu. Canasson est un mot qu’on aurait pu trouver dans Charlie et aussi dans Don Quichotte Canasson mauvais cheval, haridelle boiteuse, qui se nourrit de « son » et non de belle avoine, rosse, ou comme l’appelle Cervantes, Rocin-ante, cheval qui fut naguère rosse et qui devient portant le chevalier errant un cheval plein d’esprit. Je suis Charlie et Don Quichotte, le sentiment tragique de la vie et les souvenirs des moments heureux, à deux, avec ma dulcinée, fléchée elle aussi, mais par la maladie protocolaire que la médecine ne sait traiter Les vrais paradis qui nous restent sont ceux que l’on a vécus Ainsi vivant l’enfer on ne peut le relater aussitôt, car notre première intention est de l’oublier, pour ne pas perdre la raison Des années après peut-être les images que tente notre écriture d’arranger, de disposer, de composer, pourront être lues comme la vision et la sensation d’un moment atroce mais qu’un autre que nous à l’impression d’avoir déjà vécu dans ses pires cauchemars Ainsi je lis cette nouvelle écrite par un autre, allongé dans mon lit, quand je sens soudain la présence à mes côtés d’un jeune homme que j’étais en mai 68 La conversation bien qu’irréelle s’engage Je lui demande quel livre est-il en train de lire Le vers bleu de Ruben Dario me répond-il Et à son tour, bien qu’il ne soit pas trop persuadé qu’il se transformera, lui aussi, en ce septuagénaire aux cheveux plus blancs que neige sur le mont Ventoux, il veut savoir s’il parviendra à écrire ce grand livre qu’il a en tête, celui qui chantera la fraternité universelle (la fraternisation dit-il) Je ne lui réponds pas directement de peur de le vexer, laisse passer un long moment et lui dit dans un murmure mon vers préféré de la langue française : l’hydre-univers tordant son corps écaillé d’astres La nouvelle se termine sur cette chute Autant dire dans le plus pur inachevé Alors ce vers « je le compte pour rien ? Ah ! ciel Quelle injustice ! » La violence avait perverti ce qu’elle n’avait pas détruit, poursuit l’auteur du Lambeau, si écrire consiste à imaginer tout ce qui manque, je n’écris pas : comment pourrais-je créer la moindre fiction alors que j’ai moi-même été avalé par une fiction ?

avec Philippe Lançon (Le lambeau) Jean Racine, les deux Miguel (de Unamuno et de Cervantes), Marcel Proust sur les paradis, Victor Hugo l’hydre-univers Ruben Dario, Jean Jacques Dorio

JE ME PERDS DANS MES RÊVES

JE ME PERDS DANS MES RÊVES mais comme dans un grand jeu de l’Oye il y a des cases d’épreuves pour m’avancer ou me rétrograder il y a des citations est-ce de la Bible ou de Shakespeare ? des vers de Jean Racine Je me trompais moi-même ! Ami n’accable pas un malheureux qui t’aime. Pylade ou Oreste ? Au reste toujours l’odeur du sang : tous les parfums de l’Arabie n’adouciraient pas cette petite main shakespearienne qui écrit sur son papier qui se déploie sur des centaines de verstes Anton Tchekhov dit de ces anciennes mesures de longueur : elles ne sauraient vous accabler autant qu’un homme qui s’incruste chez vous pour parler sans fin C’est ce que font la kirielle de romanciers vendus comme des petits pains non ? De grâce petit me dit le poète de Face à ce qui se dérobe ne te laisse pas emporter dans la caravelle de la prose du monde qui va t’enfouir corps et biens Et continue s’il te plaît à te perdre dans l’espace d’un texte où le temps mis à l’éprouver tout au long d’une vie va peut-être te donner in fine la chance de retrouver ce lecteur de toi-même rêvé par celui qui partant à la recherche du temps perdu découvrit qu’il possédait un sens spécial tel celui ou celle qui regardant dans un télescope fait apparaître les étoiles qui sont invisibles à l’œil nu Moi poursuit l’écrivain protée j’ai tâché de faire apparaître à la conscience des phénomènes inconscients qui, complètement oubliés sont situés très loin dans le passé…   

source manuscrite Martigues 14 janvier 2023

COMMENT GOUVERNER UN PEUPLE À QUI L’ON INFUSE LE POISON DES PASSIONS TRISTES ?


Agenda du 3 au 9 mai 2021

Lundi 03/05/2021

Quatre pages d’écriture cette nuit. 1 Il y a des personnes qui ont le goût du bonheur…2 Il y a des choses que je n’aime pas…3 Je n’ai jamais vu Phèdre de Jean Racine 4 Il y a des mots de passe qu’on oublie…mais que l’écriture…comme par miracle…restitue.

Mardi 04/05/2021

Comment gouverner un peuple-roi ? Je savoure ce Traité nouveau d’art politique écrit par le philosophe Pierre-Henri Tavoillot qui m’avait enchanté sur France Culture parlant de son livre sur les abeilles dont le Roi est…une Reine.

Mercredi 05/05/2021

Je ne sais que choisir, que donner à ma plume : 1mon petit-fils Mathis avec qui je suis allé hier soir dans la forêt de pins, lui sur son petit vélo avec son casque bleu, moi le suivant à côté ou au loin quand il me sème… 2 ma lecture de nuit de Roland Barthes Sur Racine : j’apprends qu’à la première représentation Bérénice bénéficia d’un « vif succès de larmes ». R.B. suggère qu’un historien nous donne « une histoire des larmes ». 30 ans après c’est fait, un ouvrage d’Anne Vincent Buffault, mais pour le XVIII° et le XIX°. 3 L’évocation de mon voyage à Berlin Ouest dans les années 60, avec une virée à Berlin Est, perdu dans les ruines baroques entretenues par le régime communiste.

Jeudi 06/05/2021

J’ai fait des « révisions » cette nuit. J’ai survolé les nombreux mouvements poétiques qui se succédèrent au XIX° siècle…jusqu’à Apollinaire. Je me disais Guillaume Il est temps que tu viennes ! Du Romantisme jusqu’au Symbolisme, cette rage des –ismes, exceptés les Parnassiens et les poètes résolument isolés, « dilettantes, maudits », féroces et drôles, amours jaunes et harengs saurs se balançant au bout de leur ficelle.

Vendredi 07/05/2021

J’ai connu Jean-Marie Lamblard en venant à Martigues en 1978. Il était à la tête de l’équipe culturelle qui animait les manifestations de rue de l’été, théâtre, musiques et autres (nos ateliers d’écriture du GFEN) ; un festival joyeux, festif et riche, « pendant » de celui d’Avignon. J’ai reçu hier son livre sur « l’oiseau nègre », l’oiseau pintade (galline pintada en raison de sa tête fardée). En mai 68, Jean Marie amena une troupe de ses oiseaux sur la place de l’Horloge et une trentaine de volatiles prirent le soir leur envol à la Cour d’Honneur tandis que Jaguar de Jean Rouch était projeté.

Samedi 08/05/2021

Je sors d’un rêve compliqué, sur fond de classe de collège ou de lycée. C’est la rentrée, je suis une marée d’élèves et ne retrouve pas ma salle de classe. Quand j’y arrive A. une collègue a commencé son cours. On avait décidé de joindre nos deux classes. Je vois distinctement des visages d’élèves, mais l’objet du cours m’échappe.

Dimanche 09/05/2021

Quelquefois le peuple se fausse fidélité à lui-même. La foule est traître au peuple. Victor Hugo (Les Misérables)

En période de campagne électorale il n’y a pas de réalité qui tienne devant les proférations de Mme Le Pen. Quelle peine de voir tous ces gens la « bader », happés par la propagande de cette petite patronne d’une entreprise de démolition de notre République. Comment gouverner un peuple à qui l’on infuse le poison des passions tristes ?

manuscrit

BROUILLONS





Je ne fais jamais de brouillon mais ce texte qui s’écrit sans foi ni loi ne viendra peut-être jamais au jour. S’il apparaît quelque part, en numérique immédiatement, ou plus tardivement, et de manière bien plus rare, sur la page d’un livre, ça voudra dire qu’à partir de ce texte qui n’est pas un brouillon, mais une ébauche, une esquisse et même parfois, « tel quel » le texte sorti du premier jet…ça signifiera que le texte a été revu, recopié, transféré des doigts sur le stylo aux doigts sur le clavier du traitement de texte.

Brouillon, bouillon de culture, comme le titre d’une célèbre émission de télé.

Brouillon pour bouillon, je préfère le Bouillon Racine.

C’est toute une histoire d’Art déco et d’os à moelle.

C’est toute une rue qui se termine avant la place du théâtre de l’Odéon,

par la Librairie-Galerie Racine qui édita mon livre Une minute d’Éternité.

Décidément depuis que les brouillons fétiches d’écrivains ont disparu…tout est permis !





Finalement
Tout sera toujours à refaire
De nos vies
Présentes et qui seront passées
de mode
de monde
de tentatives et d’essais.






Nous aurons été traversés
Par ces bouffées de mots et de tendresses

Bâtisseurs obstinés
Se riant des penseurs et des prétentieux
Qui croient un jour avoir bouclé
leur Système et leur valise de certitudes.





Incertains jusqu’au bout
Aimant cet imprévu
Cet alphabet de sable
qui ruine l’édifice
que d’autres peut-être reconstruiront
Ou laisseront partir
au vent léger de l’oubli éternel.

JJ Dorio Une minute d’éternité

Librairie-Galerie Racine-Paris (2011)


	

AH! CE BLOG QU’IL FAUT ALIMENTER

Hypnographies Dorio 03/09/2020

AH ! CE BLOG QU’IL FAUT ALIMENTER !





Celui-là je le fais en douceur

Je l’écris hors service

– Ah! ce blog qu’il faut alimenter! –





Celui-là je le laisse aller

Ce sera un récitatif improvisé

– Tout sur l’écran  Rien sur le papier! –





Il n’a pas de faveurs particulières

Mais un raccolage de mots

– Tiens! il ne faut qu’un c! –





Ah! oui c’est plein d’exclamations!

De ces points qu’affectionnaient

Hugo ou Racine





Ô Seigneur! disait l’un

Ô ciel! répétait l’autre





Et maintenant que dire?

Hélas! dit Bérénice

Et maintenant que faire?

Brûler Phœnix…





et s’envoler!