Dès ma première enfance la poésie a eu cela
de me transpercer et de me transporter
Michel de Montaigne
écrire un poème
sous mille formes données
au sujet informe
écrire un poème
se tenir dans son assiette
à travers le branle du monde
écrire un poème
un pas de côté
deux clics de souris
écrire un poème
en mouvement
en recopiant
l’ami Montaigne
J’aime l’allure poétique
à sauts et à gambades
Tag Archives: écrire
À DEUX MAINS
À DEUX MAINS
Avec ma main première (la droite), j’écris des poèmes. Je m’aventure sur des terres inconnues avec les moyens du bord : la plume sergent major, la feuille blanche, les réminiscences, les techniques d’un vieux singe désireux d’inventer une nouvelle grimace, la fantaisie.
Avec ma main seconde, je puise dans le bien commun des savoirs diffus, qui fleurissent les dictionnaires, les encyclopédies, espérant, comme un naufragé, y trouver un refuge, du moins pour la journée.
Là, point de page blanche, mais un cahier d’écolier, bien quadrillé et que je renouvelle quand sa dernière feuille est pleine à ras bord.
Et avec ta main troisième ? me demande le petit malin qui a lu ces lignes en n’en croyant rien.

12 MANIÈRES D’ÉCRIRE UN POÈME
écrire un poème
c’est une prière
d’insérer
écrire un poème sur le cornet à dés
de Max Jacob
jamais n’abolira
le livre de Stéphane Mallarmé
écrire un poème est décourageant
c’est comme la pipe de Magritte
qui n’en est pas une
écrire un poème est excitant
c’est un ours qui danse
sur la place du village
de ton Ariège natale
écrire un poème à deux heures du matin
est- l’aviez-vous remarqué ? –
un alexandrin
écrire un poème
sous mille formes données
à notre sujet informe
écrire un poème pour sa fille aînée
à l'école Louise Michel
et pour sa cadette
à Copenhague
écrire un poème
entre deux stations de métro
c’est un exercice de style
Oulipo
écrire un poème à l’encre de Chine
c’est bien mieux
que l’écrire à l’encre bleue
écrire un poème à la bombe noire ou rouge
sur les murs de Mai 68
ce fut jouissif
écrire un poème
mais jamais le même
ça t’en bouche un coin
écrire un poème à main courante
et au stylo fin
encore et toujours
jusqu'à la fin
DES PLUMES D’ÉCOLIER
DES PLUMES
On n’écrit pas sans y laisser des plumes, plumes gauloises ou sergent major, que l’on mouillait sur son poignet avant de suivre la ligne où l’on traçait avec application ses pleins et ses déliés. Ainsi l’on s’imagine sur son banc d’écolier recopiant avec soin la Morale du jour : il faut s’appliquer et persévérer. On n’écrit pas sans y laisser ses plumes de jeune oiseau piailleur puis de vieil animal gouailleur qui s’amuse à déconstruire la fable du monde. On n’écrit pas sans ses rêves d’enfant, désormais aux cheveux blancs, oiseau de vie qui nous picore, oiseau de mort qui disparaît avec notre corps. (Astoria dans le quartier du Queens New York 14 mai 2018 pour le premier jet, Martigues 17 septembre 2024 pour cette version)
ÉCRIRE DES FADAISES
J’écris à deux heures du matin
ces neuf syllabes
qui à présent sont vingt
J’écris aux anges et aux démons qui sur le papier s’affrontent
J’écris aux cinq doigts de la main aux six faces du dé
Aux 7 jours de la semaine qui évoquent la Genèse
J’écris Juventud divino tesoro (Dario)
et sa traduction
« Jeunesse mon divin trésor » (Dorio)
J’écris comme dans la vie se superposent bien des formes de discours
J’écris Sur la route dans le souffle du blues
au studio d’enregistrement d’une interminable Jam Session
J’écris la nuit comme il se doit au doigt mouillé et à l’oreille
J’écris jusqu’au petit matin ces fadaises
