IL FAUT ÉCRIRE SANS Y PENSER





Il faut écrire « sans y penser » est un titre musical de Clément Janequin (1547)

Il faut écrire sans penser une seconde à être lu

Il faut lire comme si c’était nous qui avions écrit la page sous nos yeux

Il faut s’amuser à écrire en secret sans amuser la galerie

Il faut continuer à écrire à sa Muse en allée

(comme si sa nuit définitive était un phénomène relevant de Fiction & Cie)

Il faut lire demain dès l’aube en portant un bouquet de roses de la vie

Il faut écrire en retenant ses cris et rires

Il faut lire l’ephemeride.com de ce jour :

mercredi 7 août 2024 220e jour de l’année 146 jours restants 32e semaine le soleil se lève à 06h32 et se couche à 21h19 Nous fêtons les Gaétan de Tienne ainsi que les Gaétane

(Je me souviens de ce bistrot à l’enseigne du Beau Brun où trois musicos de fortune jouaient mi ré mi l’air de la petite Tane qui m’aurait peut-être aimé)

J’ÉCRIS POUR ME RENDRE UTILE

J’écris 
en définitive
pour me rendre
utile
J’écris
pour tâcher
d’y voir clair
et ne pas participer
au tohu bohu
actuel
J’écris
pour mettre à distance
le quelque chose noir
des électeurs de Bardella
et le quelque chose rouge
des électeurs de Mélenchon
J’écris
pour lancer des ponts
pour ne pas que les gens
se précipitent tête baissée
dans leurs convictions
J’écris
dans un temps long
prenant le temps
de dissiper la fumée
des influenceurs
qui font les opinions
J’écris
toujours en retard
me méfiant comme de la peste
de mes premières impulsions
J’écris
au cas par cas
comme font les traducteurs
des langues orientales
qui prennent en compte
la présence des étrangéités
induites par leurs idéogrammes
J’écris
méditativement
relisant avec soin
les calligrammes d’Apollinaire
avec cette nostalgie
du lien entre la forme des mots
et leur sens
J’écris et j’écrirai
un autre jour
plus avant…

L’ACTE D’ÉCRIRE

J’écris pour exercer le droit d’inventer les mots de l’irréel

J’écris pour rendre visibles les objets invisibles

J’écris pour remuer les règles du langage cédant(comme disait l’inventeur du coup de dés jamais n’abolira le hasard ) l’initiative aux mots

J’écris pour faire entendre ce qui n’est dit que rarement

J’écris pour guérir la vie de la guerre faite à nos maux

J’écris  dans un champ miné par le principe d’incertitude

J’écris dans la pénombre parlant si bas que ceux qui écoutent ne savent pas très bien sur quel pied danser

Et c’est très bien ainsi

l’acte du pinceau : hypnographie encre de chine dorio 17 juin 2024

J’ÉCRIS DANS UN TEMPS INTERROMPU

J’ÉCRIS DANS UN TEMPS INTERROMPU (ni ininterrompu, ni perdu, ni retrouvé) J’écris dans un temps qui jouit de la douceur de la bonne santé J’écris dans l’impensé des nuits des corps rongés par l’infâme crabe J’écris dans le mouvement qui me fait passer au travers de périodes séparées de ma petite histoire J’écris de Jadis succédant au Maintenant J’écris sur les chemins des mythes qui reculent vers le futur J’écris à contre-temps des chroniques anachroniques J’écris en écoutant les Ombres errantes de François Couperin J’écris pièce par pièce ce qui ne peut-être rapiécé

ÉCRIRE : TENTATIVE D’ACCROÎTRE SON IDENTITÉ ?


On peut le dire ainsi,
Y compris s’il s’agit de choses écrites
à la manière de Francis Ponge :
on est alors l’espace d’un texte, cageot, verre d’eau,
crevette, voire, figue de paroles.


Écrire des notes de bas de pages
pour subsister ou donner le change
quand on doit maquiller son identité,
juif à Trieste ou dans le ghetto de Varsovie,
ni catholique ni protestant
dans la France des Guerres de Religion.

Écrire au facteur pour qu’il accélère sa tournée
quand seul, isolé,
on se nourrit des lettres du monde entier
qui parlent d'amour et de fraternité.