CINQ FRAGMENTS CUMULÉS

PAPIERS D’IDENTITÉ

Étrangeté jamais démentie, relire ses « papiers d’identité », ses multiples carnets d’instants rapportés plus d’un demi-siècle durant, de dessins à la plume ou au pinceau, de pincées de poèmes inachevés (ils le sont tous). Milliers de pages de tout format, de toute forme essayée. Blablas, babels, exercices sans style, mais au stylo sur ce papier qui parfois est devenu muet et d’autrefois continue étrangement « à nous parler ».

CITATEUR

Je suis un citateur né. Mais je ne découvre le mot qu’aujourd’hui 6 juillet 2022. Cependant je crois que je ne vais pas le réemployer. Jamais.

ACCUMULATION

J’accumule des phrases, des citations, des non-phrases, des fragments, des vers (à l’ancienne), des pensées sans formes, des formes de pensée, des étymologies : ainsi il y a du cumulus, de l’amoncellement, dans la mise en scène (accumulare) de mon accumulation. C’est Wikipédia qui le dit. Et Baudelaire dans l’Étranger, aussi.

PETITS RIENS

Petits riens. Faits par la main qui les écrivant passe ainsi un temps en marge du temps. Mais petits riens ne sont pas faits pour être lus par un.e autre. Ou bien c’est l’entourloupe, l’entourloupette.

DIRE L’INDICIBLE

Dire l’indicible ou rater sa cible, dire en silence le bruit de la plume, les équivalences et les amertumes, dire tout le reste est littérature.

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

UNE VOIX INCONNUE




je fais espace à mon démon
dans la neutralité des choses
un jour de tournures de phrases
on me dit je ne comprends pas
les poèmes comme vous
cachés dans leur peau d’écriture


Nathanaëlle Quoirez
Kaïros
(vient de paraître
collection Polder)

Une voix inconnue
Sur ces petits bouts de textes
Assemblés en un recueil
de poésie

Avec le temps
-le très long temps-
Si je me lance dans une lecture nouvelle
Je me tiens à un seul critère :
Le texte grandit avec ses lecteurs
Que l’on peut lire comme :
Dans le chaos qu’est toute vie
Est-ce que cette manière de l’écrire
-je l’ai là sous les yeux
en 58 pages-
va dévoiler un aspect qui était resté caché
de mon identité ?
Ou non…

Cette nuit
(car c’est la nuit, au lit,
que je me livre à l’exercice)
C’est Oui 







AU BOUT DU CONTE TU NE RESSEMBLES À PERSONNE

PAGE source et ressource




AU BOUT DU CONTE TU NE RESSEMBLES À PERSONNE





Influences ou imitations délibérées, c’est ainsi, que peu à peu, pourvu que la tâche soit légère mais obstinée, paradoxalement, on en vient à ne plus ressembler à personne.

Sur mon échiquier poétique, je pousse les pièces d’une identité, que seul.e.s les imbéciles croient posséder.

Quand je lis vraiment, je disparais dans l’écriture intime de celui et de celle qui me font l’amitié de m’ouvrir à leurs lettres, sans cesse portées, au-delà de toutes mes attentes.

Les enfants nés dix ans avant moi, ont été déchirés par la guerre, « l’histoire avec sa grande hache », de l’auteur de « la disparition », qui s’est servi de la littérature pour s’inventer un monde et une famille, toujours prête à le quitter. Comme une mère qui vous amène dans un train partant pour le Vercors, -sans sauts à l’élastique -, avant d’être contrainte et forcée d’embarquer dans les wagons plombés de nuit et brouillard.





le rouge et le noir




LIRÉCRIRE

c’est ainsi que je sais le mieux oublier

qui je suis

pour entrer dans un monde

de fantaisies d’inventions

et de « réelles présences »

car moi aussi la vie douce et paisible

m’a une année un mois un jour

déchirée

en lançant ses flèches empoisonnées

contre celle qui était qui fut et demeure

ma moitié





JE NE SAIS PAS FERMER LES YEUX

une page
écrite les yeux fermés
Dorio
17/05/2020
Je ne sais pas fermer les yeux
d'un premier somme de la nuit
sans les avoir préalablement
laissés courir sur les pages d'un livre

Une fiction une manière de s'oublier
dans un monde lointain étranger
au vieil enfant qui passe ainsi
de son identité à son inidentité

Mais laquelle est la plus vraie ?
Nous demandent Shakespeare ou Lopé ?

Plus on vieillit plus des voix bruissent
sur la scène d'un théâtre
d'éclairs de tempêtes de bruit de portes
et de soupirs qui troublent nos mémoires

Qui parle alors en soi ?
Quelle étrange personne nous invente
ivrogne gueux 
soldat sans patrie
ou roi découronné ?











	

UN DICTIONNAIRE À PART SOI





UN DICTIONNAIRE À PART SOI

J’ai un dictionnaire à part moi.

Montaigne

On peut continuer à tout temps l’étude, non pas l’écolage : la sotte chose qu’un vieillard abécédaire.

(le même)





Voilà pourquoi ce dictionnaire à part soi n’obéira pas à l’ordre abécédaire.

Quant au remplacement du « moi » par le « soi », il marque le passage du « moi seul », au « soi-même comme un autre » selon la savoureuse expression développée en dix études par le philosophe Paul Ricœur.

Le même affirmait que le plus court chemin de soi à soi passe par autrui.

Les articles ci-dessous en acceptent la gageure.





IDENTITÉ

La mienne se conjugue en plusieurs versions d’un sujet multiple et divisé en parcelles que rien ne semble relier ; si ce ne sont « ses » écrits semés tout au long d’une vie, chemin faisant, et que vers la fin du parcours, quand plus rien ne semble aller de soi, on rassemble sous cette forme de puzzle énigmatique, mais non privé d’une identité, « aussi bariolée qu’est… l’imaginaire unité qui en serait le socle ». *

*selon le philosophe Clément Rosset





COMMUNION

On me l’a faite faire, je veux parler de la première, j’ignore si la seconde fait référence à l’hostie du dernier soupir. Une première communion sans y croire vraiment, mais c’était la coutume pour tous les enfants du village, sauf peut-être pour la fille de F.V., le « communiste », qui était née un jour avant ou après moi. En tête il me reste une photo prise devant l’église de toute la smala des communiant.e.s, chacun.e avec son aube blanche « pléonasmathique ».

Mes parents, en réalité, étaient détachés de l’église et réservaient leurs dons, non au denier du culte de monsieur le curé, mais aux instituteurs de la laïque qui profitaient ravis des produits du jardin, d’un poulet, d’un lapin, du vin bourru et de nos cochonnailles.

Le premier couplet de la chanson « mon village » évoque tout cela.

ADAM ET ÈVE

Dès le premier couple l’homme était premier. Pour le féminisme c’était mal parti. Mais plus curieux encore, quelques siècles après, la prêtresse du deuxième sexe, était toujours en seconde position, derrière son petit camarade. Sartre Beauvoir, je n’ai jamais lu l’inverse…(pour enrichir ce propos, quelques gloses féminines seraient les bienvenues)

RAINETTE

lire Ponge : une naine amphibie, une Ophélie manchote…

GRENOUILLE

Je les attrapais, adolescent, avec une joie sans pareille. Seul, autour d’une mare près des fermes isolées du « terre fort » de mon Ariège natale. Elles pullulaient à la saison ; j’étais muni d’un roseau avec du crin solide et une ancre, un trident avec un chiffon rouge ou une fleur de « farouch », le sainfoin. Je les attirais ainsi et elles se précipitaient les pauvrettes. Une levée de canne prompte et je les décrochais les mains gluantes. J’en rapportais souvent une musette que mon père s’empressait de convertir en cuisses dépiautées, séparées du tronc que l’on donnait aux chats de la maison. Les cuisses blanches gonflaient dans l’eau, puis passées à la farine, elles étaient plongées dans l’huile de la poêle et finissaient dans l’assiette enrobées d’une indispensable persillée.

CRAPAUD

L’horrible et boursouflé batracien que les mômes cruels du village faisaient fumer…comme un crapaud et que le pauvre Max Jacob, affublé de son étoile jaune…enviait.

« Jadis personne ne me remarquait dans la rue, maintenant les enfants se moquent de mon étoile jaune. Heureux crapaud ! tu n’as pas l’étoile jaune ! »