UN JOURNAL DE CINQUIÈME SAISON

manuscrit avec hypnographies (03/01/2021)




Un journal de jours nuls jours lus

depuis les mots de la tribu

de l’attribut qui fait défaut

au dictionnaire à part soi-même





Un journal cinquième saison

Le murmure de ce qui reste

Après l’incendie de l’automne

de la vie de celle qu’on aime





Un journal d’un jour bien rempli

Aidé des bœufs poussant l’araire

aux champs de Naouzos un lieu-dit

Un chant d’oiseau qui veille et dort





Un journal qui laissait de l’encre
Sur les doigts de l’enfant des lettres

Transfiguré –il va de soi-

en abeille des jours heureux


	

NOËL 2020





Le petit Jésus est né masqué

Pour nous faire peur

Ou nous faire rire





Mais il aura du mal

à guérir de leur mal les humains

qui pour un oui ou un non

s’entredéchirent





Quelqu’un a dit

Connaissez-vous cet enfant-là ?

Non on ne sait plus son nom





Covid je crois

a suggéré un mécréant





N’importe aujourd’hui c’est Noël

Pour les enfants qui rient

Et c’est le bruit et la fureur

Pour les enfants qui ont peur





-Elle est pas belle ton histoire

me dit l’enfant que je fus.

-Elle n’est que trop vraie hélas,

Mais pardon à toi,

dont l’arrière grand-père s’appelait Noël,

j’aurais dû la cacher

dans un papier cadeau

avec ton cœur qui bat de joie

et nous rend plus léger.

FABULETTES DEVANT LA MER FRISQUETTE

la douce mer était frisquette

La douce mer hier était frisquette

Sa plage de sable balayée par Saint Mistral

Je lui ai fait quelques dessins à la hâte

Puis avant que la vague ne me les mange

Je les ai photographiés

Je vous les laisse regarder

l’enfant au bois flotté

La douce mer hier par bravade

A apporté ses bois flottés

-Ils viennent d’Afrique et d’Asie

ai-je dit à mon petit fils

Il n’a pas semblé convaincu





On a marché sur les rochers

Les roches blanches protégeant le port des voiliers

Qui imitaient les cris des mouettes

Au large pétrolier gaziers chimiquiers

Attendaient leur tour pour être délestés

Arrimés sur un quai de Lavéra

Ils viennent d’Afrique et d’Asie

Cette fois Mathis a dit oui

Puis avant de partir on a chanté

Les p’tits bateaux qui vont sur l’iau

Ont-ils des jambes

Et dans l’auto bien au chaud

On s’est écouté Flocon papillon

Chanté par notre amie Anne

Qui vient de nous quitter

Mais non ses fabulettes

Que les enfants de mon petit enfant

Écouteront avec amour et reconnaissance

ad aeternam

un chat est venu nous visiter

SI J’ÉTAIS UNE MOUETTE

si j’étais une mouette
une chanson pour les enfants
et pour les raffinés

SI J’ÉTAIS UNE MOUETTE

Voix paroles et musique

Jean-Jacques Dorio





Si j’étais une mouette

Je volerais dans le bleu

J’irais de Martigues à Sète

Un voyage fabuleux

Si j’étais un ptit lézard

Je serais un baladin

Qui écouterait Mozart

Sous les pierres du jardin

Mais je ne suis qu’un enfant Avec mon corps d’écolier

Qui rêve de temps en temps De partir de s’envoler

Si j’étais un poisson-chat

Dans mes océans bleuis

J’aurais un’ vie de pacha

Les yeux toujours éblouis

Si j’étais cet oiseau-lyre

Du poème de Prévert

Je sortirais du pupitre

Ma musique de trouvère

Et je serais cet enfant Avec mes ail’s d’écolier

Qui s’en irait dans le vent Pour partir pour s’envoler

UN POÈME LÉGUÉ À JULES SUPERVIELLE





à Jules Supervielle

mort un 17 mai

il y aura soixante ans

dimanche





Ah ! fais-moi une petite place dans la lune

demandait un brin moqueur

Jules Supervielle à Jules Laforgue

Tous deux natifs

-Ça ne s’invente pas-

 de Montevideo





Cette nuit à mon tour

Je demande au premier

De me faire comme lui

Ami des grandes profondeurs





Ami de ce passage à l’acte

Où à partir de rien

Quelques mots qui bougent dans la tête

Nous voilà commençant

L’écriture d’un « poème »





On l’appelle ainsi

Ça peut toujours servir
Tout le long de nos vies

Où l’on décline

Sans trop en savoir l’ordre

le triptyque

Poèmes Poètes Poésies





Celui-là cette nuit

Je l’écris comme Jules

À la lueur d’une bougie

Couché dans mon grand lit

Dans l’immobilité





Attention très fragile

Est ce nouveau-venu

Je cache sa figure

Aux lecteurs trop hâtifs

Qui croient s’y reconnaître





Attention très secret

Un peu de nos âmes s’y glisse

Du temps qu’elles étaient enfantines

Vivant dans cette haute mer

D‘oublieuse mémoire





Voilà à peine commencé

Je juge déjà que j’en ai trop dit

Le dit le dire-lit

Je l’achève ainsi

Sans préavis





J’ai dérivé sans dérêver

En essayant de ne pas trop obscurcir

Mon propos





Il est désormais à ceux et celles

Qui sans tambour ni boute-selle

L’ont accompagné étonnés

Jusqu’à ce mot dernier

Pour qu’ils en fassent bon emploi





                                                                    ce 12 mai deux mille vingt

à deux heures pile