ASSIS ICI ET AILLEURS

Je rapporte ici quelques situations réelles où je fus assis en me disant après coup que même visibles elles sont un reste de l’invible

Je me suis assis hier face à la façade baroque de l’église de la Madeleine à Martigues en essayant d’interpréter avec toi guide radieuse de ce jour les flammes de pierre surplombant le portail

Je me suis assis sur un banc de pierre de la cathédrale de Bâle face au tombeau d’Erasme de Rotterdam celui qui fit avec ironie l’éloge de la Folie

Je me suis assis sur la carapace d’une tortue morocoy siège habituel des indiens panarés du Venezuela près de deux indios dont j’enregistrais la conversation

Je me suis assis sur un banc à l’écart face au pont japonais de Monnet à Giverny en écrivant quelques haïkus qu’au fur et à mesure je lisais à ma dulcinée

Je me suis assis dans mon lit bien calé sur mon oreiller pour écrire ce qui précède et ce qui suit

Aux Martigues 20 décembre 2023

ALORS QU’EST-CE QUE T’AS ÉCRIT CETTE NUIT? 8 Rêves du cirque cérébral et hypnographies

RÊVES DU CIRQUE CÉRÉBRAL ET HYPNOGRAPHIES

-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? – Cette nuit j’ai fait mon plein de rêves, mais je n’ai pas été capable de les raconter, les mots m’ont fait faux bond. -Ah ! c’est frustrant ça. -En effet, mais tu vois, rien que de t’en avoir fait la confidence ça m’a soulagé. Et après tout, si les rêves t’amusent, je vais en inventer. -Pourquoi pas, puisqu’on dit bien (peut-être pour naïvement s’en protéger) « ce n’est qu’un rêve ». -Alors vois-tu, j’ai rêvé que je grimpais branche à branche dans le cerisier qui trônait dans le jardin de mon enfance pour me saouler de cerises. J’ai rêvé que le cerf-volant jaune pas plus grand d’envergure que les ailes du gabian (comme on appelle ici le goéland) devenait un géant, comme l’Airbus A380, qui entraînait mon petit-fils dans un voyage digne de celui de Nils Holgersson. J’ai rêvé que j’étais encore avec toi, qui depuis ce maudit 25 mai 2014 a perdu sa réalité. Nous étions assis sur un banc, devant le pont japonais du jardin de Monnet à Giverny et je te lisais les poèmes des grands jaloux qui ont fréquenté les ateliers des peintres. J’ai rêvé de « la ville aux rues sans nom du cirque cérébral », inventée par Robert Desnos, qui en état d’hypnose était le surréaliste qui travaillait le mieux du chapeau. J’ai rêvé qu’une éditrice de Caen (À quand les vacances ?) publiait mes hypnographies dans la forme traditionnelle des cahiers d’estampes originales d’Hokusai. Et puis, tu sais que j’ai la manie des chutes, sa grande vague m’a englouti, corps et biens.

reproduction 2 pages d’hypnographies Dorio 2 mai 2023

GUETTER nos rêves sans sommeil





J’aimerais que ma vie ne laissât après elle d’autre murmure que celui d’une chanson de guetteur, d’une chanson pour tromper l’attente. Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas. C’est l’attente qui est magnifique.

André Breton

GUETTER




Guetter les souris du grenier. Guetter le moment propice. Guetter les perdrix rouge sang. Guetter l’arrivée de monsieur le ministre. Guetter sa chérie sous la brise. Guetter la chanteuse des rues et des places publiques. Guetter la rabouilleuse de l’étang de Berre. Guetter le monstre du Loch Ness. Guetter nos rêves sans sommeil. Guetter le Fol Lunatique et le Fol Sympathique. Guetter Méphistophélès. Guetter la lune romantique. Guetter le gazouillis de l’oisillon. Guetter le bug informatique. Guetter Louis XIV sans sa perruque. Guetter l’appel du Général. Guetter les lavandières du Portugal. Guetter Diogène dans sa barrique. Guetter l’allumeur de réverbères. Guetter l’instant où nos joies se transforment en peine. Guetter Guillaume sous le pont Apollinaire. Guetter l’araignée du soir. Guetter le lézard des murailles. Guetter le zèbre qui se cabre. Guetter la poule aux œufs d’or. Guetter le dernier des Mohicans. Guetter le vendeur de mouron. Guetter les nymphéas éclos à Giverny. Guetter les loustics et les aigrefins. Guetter Aristophane sur la scène d’Épidaure. Guetter la cantatrice chauve. Guetter Gavroche sur la barricade de la rue de la Chanvrerie. Guetter les punaises de sacristie. Guetter le métèque de Moustaki. Guetter l’homme ayant les défauts de ses qualités. Guetter les porteurs de mélancolie. Guetter la femme bleue d’Henri Matisse. Guetter la dernière flèche empennée de nos lèvres bien-aimées.