JE N’AI JAMAIS TREMPÉ MADELEINE DANS MON THÉ

Je n’ai jamais concouru à un prix littéraire

Je n’ai jamais couru le marathon de New York

Je n’ai jamais trempé madeleine dans mon thé

Je n’ai jamais attendu Madeleine pour l’amener au cinéma

Je n’ai jamais pensé que la langue était fasciste

Je n’ai jamais conduit de Ferrari ni de semi-remorque

Je n’ai jamais extrait de gaz de schiste

Je n’ai jamais écrit d’odelette à Odette

Je n’ai jamais grimpé comme le gros Gustave sur les pyramides

Je n’ai jamais donné un sou à un psychanalyste

Mais c’est moi je l’avoue qui (peu ou prou) ait commis cette liste


 




CARTONS DE LIVRES


Si ce texte ne fait pas un carton, c’est à désespérer de Bouvard et Pécuchet.

Sous les bombes je prépare mes cartons de livres en espérant qu’une bombe au phosphore ne vienne y mettre le feu

Toute la Recherche (du Temps perdu et du Temps retrouvé) avec les dizaines de petits livres de seconde main sur les motifs proustiens

Tout Mai 68 (de la misère sexuelle en milieu étudiant aux romans d’Anne Wiazemsky -épouse durant les événements du plus con des cinéastes prochinois)

Toute la Poésie (de Marot à Marie de Guillaume Apollinaire)

Toute la Philosophie (de l’Éthique à la Mémoire, l’Histoire, l’Oubli)

Toute la Sociologie (de Norbert Elias à Nathalie Heinich)

Toute la Politique (de La République de Platon à la VI° République Apocalyptique de Mélenchon)

Toute le Peinture (dans l’atelier d’Elstir et chez les demoiselles d’Avignon -quand elle s’tirent du côté de Guernica)

(Ici j’ai rempli mon cinquantième carton et je n’ai plus de ruban adhésif au polypropylène brun mais il reste pour les fermer toute la collection Sparadrap du capitaine Haddock)

Tous les livres de Musique (sur les Bagatelles de Ludwig Van et les arbres lyriques qui cachent Verklärte Nacht : « la Nuit Transfigurée » de Schönberg : Deux personnes vont dans la forêt chauve et froide La lune les accompagne Ils regardent en eux-mêmes et rencontrent leur inquiétante étrangeté)

Toute l’Architecture (de la cathédrale d’Amiens à la Raffinerie de Beaubourg)

Toute l’Astronomie (de Galileo Galilei face au tribunal de l’Inquisition à Albert Einstein tirant la langue à la Relativité-restreinte)

Et tout, en cette nuit agitée où l’on nous a contraint à manger une heure de temps universel, ce qui n’est pas (encore) entré dans cette liste établie par un métaphysicien égaré dans la guerre sans fin entre Nature et Culture, le Zen et l’entretien des motocyclettes,  et (pour la route) le combat de Métalepse avec Allan Stewart Konigsberg alias Woody Allen 



















L’AIR DE RIEN





l’air de rien 
refrain connu

l’air venu
j’enchaîne les paroles

l’air le feu
le souffle du fluide gazeux

l’air la brise
que brisent ifs et cyprès

l’air qui donne
cet air de famille
d’une liste à la Prévert

l’air sur l’aire
qui sépare le bon grain
de l’ivraie

l’air délivré
par ce pauvre hère tuberculeux

l’air de Corbière
poète maudit
mort à trente ans de phtisie

l’air de Tristan
à sa jument Souris
à Sir Bob
à son chien Pope

l’air de Titan
satellite géant de Saturne

l’air de Saturne
morne et taciturne
du père Brassens

l’air d’un vanneur de blé aux vents 1
cependant que j’ahane
cet air oublié
que je te chantais


1 Joachim du Bellay

NAÎTRE OU N’ÊTRE PAS





hypnographie 2/8

Naître ou n’être pas

Un enfant-roi

Un vieux dans sa poubelle

Déclamant Fin de partie





Naître ou n’être pas

Une marquise sans son marquis

La complainte de Mackie

Dans la voix de Mouloudji





Naître ou n’être pas

Le bijoutier qui fut assassiné trois fois

Le bourrelier de Szczynk

La femme du faiseur de puzzle

(trois histoires de Georges Perec

pour La vie mode d’emploi)





Naître ou n’être pas

Jules Supervielle

Jules Laforgue

Isidore Ducasse Comte de Lautréamont

Tous trois natifs de Montevideo





Naître ou n’être pas

Un singe grammairien

Le pape de la pataphysique

Jean Louis Trintignant ou Sami Frey

Amants chacun trois ans

De B.B.





Naître ou n’être pas

L’année dernière à Marienbad

Montaigne à sauts et à gambades

Un laveur de vitres à Manhattan





Naître ou n’être pas

Cette vache de liste

Qui paissant l’anaphore

Lentement m’empoisonne





Naître ou n’être pas

Ce n’est plus la question

Du calme maintenant

Voici la belle Ophélia

La blanche Ophélie flottant comme un grand lys*





*Un mixte Shakespeare Rimbaud