CRISTALLISATION


filtre à café 1



C’est la première fois que j’écris sur un filtre à café brun marron
Ça m’oblige à faire des lignes courbes et d’imaginer des mots à la place
des grains de café réduits en poudre :
Et nous les os devenons cendre et poudre. François Villon.
Recopier des vers anciens que j’ai en tête et qui viennent au hasard de mes rêveries,
m’irriguer de leurs sens toujours renouvelés.
La main écrit, s’arrête, reprend, parle, se tait,
se répète, file la métaphore,
nous conduit au-delà de ce que nous sommes et nous ne sommes pas.
 
Labyrinthe, parcours labyrinthique,
à tâtons, j’avance et je me heurte, j’interprète, je me trompe
ou je réussis, le bel hasard me guide, ou me trahit.
 
Traité des Tropes de Du Marsais, pour y voir plus clair
ou trébucher – tropezar – dit-on en Espagne.
Le tout est de se relever. Relever ses filets de voix
et de manières de dire.
Arborescences, buissonnements,
puis, ce rameau d’arbre effeuillé l’hiver,
par la mort de sa compagne,
et qui par l’opération
de l’écrit
devient cristallisation
chère à l’amour stendhalien.
 
 
 
 

 
 
 
 
 

…ET NOUS AUSSI

Je nage dans le fleuve du temps
Je ne sais pas si je rêve endormi ou éveillé
J'entends le violon de Verlaine

Je nage dans les pages de mes livres en feu
Je ne sais pas s'il s'agit d'une métaphore ou de la réalité
J'entends la sirène des pompiers de New York

Je nage dans la mémoire circulaire de l'oubli
Je ne sais pas comment concilier bonne fortune et tragédie
J'entends les cloches qui sonnent sans raison...
et nous aussi !*

*Tristan Tzara (L'homme approximatif)