LES ÉCORCES DES PLATANES

Je regarde souvent longuement
les écorces des platanes
On dirait des molas 
tissées par les indiennes Kuna

Des animaux mythiques 
qui échappent 
le temps de leur création
à leur souffrance

Je m’appuie, voyageur immobile, 
sur le tronc de ces écorces
qu’un dieu facétieux
coud sur l’arbre chaque année

Avec de frêles vocables 
Je compose à mon tour
Mes puzzles inachevés


Pour ce matin uniquement (30 juin 2023) nous l’appellerons « la mola des platanes« 

Les petits dieux kuna ont les cheveux qui se dressent de tant de désinvolture

DEUX ANGUILLES LOVÉES





Je lis un poème dédié à Octavio Paz

écrit une nuit de décembre 1961

à Cuernavaca – ce « Corne de vache »

donné par les conquérants espagnols

qui déformèrent ce « lieu près des arbres »

cuahuitl-nahuac de la langue des Nahuatl





Je crois bien que c’est là que Mingus

quitta définitivement sa contre basse

À moins qu’on l’ait enterré avec





C’est la coutume des indiens Kuna

lisais-je hier

Pas de contre basse mais des objets

en modèle réduit

caractérisant les défunts

une pirogue la mola des deux anguilles lovées

une paire de ciseaux un labyrinthe sans entrée





Tout ce qu’on ne voit bien que les yeux fermés





05/05/2020

mola des deux anguilles lovées
Tableaux Kuna
MichelPerrin
Arthaud 1998

SANS PRÉTENTION


manuscrit sur papier filtre à café
fond « mola » tissée
don de Michel Perrin ethnologue :
Tableaux Kuna (Arthaud)

*



SANS PRÉTENTION
 
Sans prétention. Mais non sans dynamisme. Sans tension. Mais non sans attention. Sans plan préétabli. Mais non sans materia prima sur l’établi. Sans prétexte. Mais non sans texte qui file sous les cinq doigts de la main. Sans signes. Mais non sans singes grammairiens. Sans savoir. Mais non sans saveurs des mémoires de l’oubli. Sans poésie. Mais avec cent poèmes appris et désappris. Sans prix à la foire des poètes couronnés. Mais non sans semences les clous du sabotier. Avec le rythme des saisons de mon petit jardin imparfait mais jouissif. Sans reconnaissance. Mais non sans pensées joyeuses qui font la sarabande. Sans fond en apparence. Mais non sans cette forme goutte à goutte qui fond sur un filtre à café. Sans accord. Mais non sans ces coups de raccrocs de rabots sur la planche du vide et du chaos.