L’ART DE MOURIR





La mort n’y mord

Clément Marot





Tout ce mélange

des funérailles anciennes

et des convois mortuaires

interdits





Avril

les fils se rompent

à l’hôpital des peines

L’art de mourir des littératures

s’est mué en mort artificielle





Les morts ne sont plus là

pour dire leur parole dernière…





Même parlant sans rien dire

ou râlant encore un peu

dans le style pathétique

et futile

de leur souffle dernier


	

LA POÉSIE DE TOUTES LES MANIÈRES

 
La poésie frêle et réelle
débile et forte
ancrée
en exil permanent
inutile essentielle
simulacre des poètes chrétiens
messe pour le temps présent
source rivière
fleuve qui s’en va se disperser
dans la mer
notre mourir

La poésie de toutes les manières
est la grande illusion
l’idéal plus mince qu’une feuille de papier Job
le paletot de Rimbaud
la pelote de langage qui une nuit
après bien des nuits passées à la rouler
nous échappe
 
La poésie inaliénable et sacrée
disparaît à vitesse grand V
du monde marchand
où tout s’achète et tout se vend
fors le don essentiel
de l’enfance de l’art