J’EXHUME LE CORPUS

J’exhume le corpus de poètes inconnu.e.s

Tous anticonformistes Toutes trouvères nues

Nues mais jamais obscènes Nus devant l’art de dire

De chanter de danser de composer couleurs

Et formes Bref d’habiter la terre en poètes

Seul.e.s et avec les autres Avec le difficile

Art de mêler la Joie aux règles contraintes

Chansons d’amour sans espérance mais avec force

Forces us et matières et savantes manières

De tourner chaque vers De trouver la complainte

Les prouesses du cœur et l’élan des amorces

Concordances des temps Chocs et épiphanies

Mon espace compté libère ce corpus

L’étendue engendrée par ma plume inconnue

LES POÈTES TRAQUÉS PAR LA POSTÉRITÉ

LES POÈTES TRAQUÉS PAR LA POSTÉRITÉ

C’est vraiment formidable de relire les poètes traqués par la postérité
Et qui lui disaient merde et remerde 1
Avec une plume d’oie
Glissant sur le papier

Ils torchaient leurs poèmes sous un grand chêne
Un chien à leur pied les protégeaient des bûcherons et de leur cognée

C’était bien avant les tronçonneuses, l’abattage, le débitage, l’ébranchage, l’élagage,
Qui ont produit ces textes dénués de toute poésie.

Triste histoire
Mais que l’on oublie
En se replongeant
Dans les poèmes
 Écrits à la plume 
Et au doigt

Toute une allégorie !

1Raymond Queneau

LE DERNIER POÈTE DU BLED

Éviter le lieu commun c’est toute l’essence de la poésie a dit en vers boiteux le dernier poète du bled
(forcément inconnu dans la capitale)

Il l’a dit à Didi en personne, slui qui dans En attendant Godot, joue le rôle de clochard céleste :

« -Peut-on savoir où mossieu a passé la nuit ?
-Dans un fossé.
-Et on t’a battu ?
-Si.
-C’étaient les mêmes ?
-Oui, toujours les mêmes. »

On était loin du petit chant de flûte, qui accompagnait les poèmes des années bucoliques.
C’était avant les transistors et au théâtre ce soir à la télévision.

Le dernier poète referme son Bled
Sa dernière ligne flotte dans sa tête
Mais nul ne la connaîtra
Et surtout pas les esthètes !

FAIRE UN NOUVEAU POÈME NAGER CONTRE LA MARÉE DES MÉDIAS

Mais cette parole qui se lève à travers les poèmes, quelle que soit leur apparence, serait-ce la plus fragile, que répète-t-elle, sinon que la nuit n’est pas tombée encore et que nous n’avons pas le droit de nous abandonner à la solitude et au désespoir. Pierre Dhainaut

Il faut du temps et personne n’a plus le temps Il faut du vent et toujours nager contra suberna – « contre la marée » disait le troubadour Arnaud Daniel – Il ne faut pas de tapage ni de publicité Il faut être plus résistant que le buis et l’olivier Il faut sans cesse apprendre les règles et les écarts de la métrique Il faut aimer réciter chanter et/ou ne rien dire Il faut apprendre à contempler une page de poème comme une expérience de pensée Il faut mesurer la détresse d’une société qui ne reconnaît pas ses poètes Mais il y a mieux à faire que de s’en prendre aux pouvoirs, à la presse et à Sainte Télévision, qui les ignorent Faire un nouveau poème la pulpe d’un fruit dont l’avenir est le noyau