S’IL VOUS ARRIVE DE VOUS PRENDRE AU SÉRIEUX

S’il vous arrive de vous prendre parfois
au sérieux
Lisez Tristan Corbière
Artiste sans art
à l’envers
Philosophe à tort
et à travers

Sérieux à vous rendre malade
Raclant vos vers sur une lyre imaginaire
Avec votre pouce transformé en plectre
Avec la folle du logis qui vous balade
Faisant de votre savoir-mourir
Odes et ballades

S’il vous arrive de vous prendre la tête
Pour entrer dans la top-liste
Des poètes de printemps
Chantez loin de leur gnian-gnian
Avec Corbière Tristan 









chanson pour Tristan Corbière texte Jean Louis Rambour musique accompagnement chant Jean Jacques Dorio

enregistrement original ce vendredi 10/09/2021

sur cd la chanson figure sur un album enregistré au Petit Mas à Martigues en 2017

« C’est la vie » 15 titres que l’on peut encore se procurer

doriojeanjacques@gmail.com

CE QUE N’EST PAS UN POÈTE





Un poète n’est pas un fakir écrivant sur sa planche à clous                                                              

Un poète n’est pas un milord, juste un esquire.

Un poète n’est pas un moineau qui picore ses grains de mots.

Un poète n’est pas un moinillon ensaché dans sa robe sacrée.

Un poète n’est pas un papillon qui rêve de Tchouang Tseu.

Un poète n’est pas ce doux violent producteur d’oxymores.

Un poète n’est pas un clodo fût-il céleste ou alcoolo.

Un poète n’est pas la fille de Minos et de Pasiphaé.

Un poète n’est pas un ver luisant sous de vastes portiques.

Un poète n’est pas un porteur de lentes ou de tiques.

Un poète n’est pas une figure absente de tout paysage.

Un poète n’est ni saint, ni démon, ni sage.

Un poète n’est pas cette momie que l’on défait mille ans après de ses bandelettes.

Un poète n’est pas…





Cette liste sans fin ne s’achève pas ici, on s’en doute,

 elle nous a été donnée par une dame Taupe

qui en creusant une de ses galeries

l’avait trouvée soigneusement enroulée

comme les peintres font de leurs œuvres

à ne montrer que longtemps après leur disparition

MÉCHANTS PROPOS SUR LA POÉSIE À QUI ON DONNE DES PRIX (reprise du poème 7)





Je lis les poètes qui ont reçu des prix
Et oui des prix de poésie
Dotés de noms d’anciens
Dont tout le monde a, pour le moins, entendu parler à l’École de la République

La petite entreprise déposée sous le nom  " le printemps des poètes" en recense une bonne trentaine,
« liste non exhaustive » ont-ils le culot de préciser

Non, je n’aurai pas la cruauté de donner cette liste de lauréats dont les noms à côté d’Apollinaire ou de Mallarmé sont tout à fait inconnus du public… « du Grand » s’entend…
Mais non du petit cénacle de disciples, cercle, aréopage, chapelle, clan, coterie, club, groupe, assemblée, conventicule, 
qui se réunissent dans des salles assimilées à la Cène, au Calvaire, aux cafés de Saint Germain des Prés, 
dans les sous-sols des hôtels borgnes, les arrière-cours d’éditeurs célèbres, sous la coupole de Richelieu, dans l’ombilic des limbes, etc

Tout ce petit monde, pour résumer, qui se connaissent et se tiennent par la barbichette, la moustache de la Joconde, les jarretelles de madame X,

Tous ces grands chantres et ardents musiciens, tirant toutes et tous, et chacun pour sa gloire anthume, sur
l’unique cordeau des trompettes marines…


J’ÉCRIS opus 12





J’écris sans le chat de l’écrivain à portée
(il ne manquerait plus que ça !)

J’écris sur la couverture d’un livre paru en 1975
(mon premier)

J’y écris parce que quand son éditeur P.J. Oswald a fermé boutique
il m’a fait parvenir ce qui lui restait :

« les épreuves en placard » 
(que j’ai descendues du grenier pour mon jardin d’enfance
pour les brûler
avant de quitter pour l’avoir vendue ma maison)

et, à part, ce que j’ai sauvé des flammes,
la couverture proprement dite,
ornée d’un « graphisme » du peintre ami Claude Brugeilles
avec un verso, 
sa tranche (PJO JEAN-JACQUES DORIO ITINÉRAIRES)
 et les troisième et quatrième de couverture 

J’écris Phœnix
Hôte de mes nuits d’écriture

J’écris sans titre :
ni titre d’une quelconque profession
(écrivain, poète, rentier)
ni titre du texte qui s’écrit
(il viendra -ou non- après coup)

J’écris au lit
entouré de murs blancs,
de silence absolu
(exceptés ces maudits acouphènes que j’ignore la plupart du temps)
de livres (sur lesquels je « m’appuie » à tous les sens du terme)
et du smartphone en mode lui aussi silencieux
que je consulte pour telle et telle raison
(un nom propre ou commun, la relecture d’un poème, un article de commentaires, etc)

J’écris ensuite 
une fois les trois pages sus-indiquées recouvertes entièrement,
sur le clavier de mon ordinateur,
mais seulement le lendemain matin,
recopiant mon premier jet (écrit scrupuleusement sans la moindre rature)

J’écris alors musicalement
avec des chaînes délivrant sans blabla du baroque,
du jazz, des musiques populaires du monde entier

Je réécris alors, évidemment, en modifiant quelque peu, le texte manuscrit :
soit en supprimant des lignes, 
soit en m’arrêtant sur un mot souligné en rouge par l’application word pour vérifier l’orthographe,
soit pour un autre mot ou expression insatisfaisants, en consultant mon dictionnaire personnel de citations, commencé depuis belle lurette et qui s’accroît de jours en jours

J’écris aussi avec mon Petit Robert à portée, les 2 volumes du Robert Historique pour consulter surtout les « schémas » (dernier en date Vieillesse), mais aussi les lexiques fournis par la toile, en particulier celui du Crntl

J’écris, comme ceci, comme cela,
et comme je n’ai plus d’espace sur ma quatrième de couv
je m’arrête là

ce lundi 5 juillet 2021 à 2h23 













J’ÉCRIS opus 9





J’écris pour je ne sais trop qui 
et contre je ne sais trop quoi

J’écris sur l’Azur
Et ce soleil de l’enfance

J’écris sur cet ultime vers
Tracé par la main de Machado :
Estos días azules y este sol de la infancia

J’écris pour après tant de paroles vaines
Que survive la parole

J’écris palabras, soledad, llovizna,  
en Lima :
cette pluie fine, si fine, 
un jour où Dieu était malade,
très malade,
en fin de partie

J’écris toutes les nuits
Pour ne pas laisser brûler en vain
La flamme de la chandelle

J’écris sur toutes les paroles entendues
et qui ne sont rien que du silence
si j’en crois ce poète 
qui composa son recueil
page à page
devant la casse, devant le marbre, devant la machine,
prenant une à une les lettres dans leur petit cassetin
pour les aligner dans le composteur
comme faisait son épouse Germaine
qui venait de quitter définitivement leur imprimerie
pour cause de décès

J’écris sur l’oreiller
Tant qu’il y a un peu d’espace vierge
sur ma page

J’écris à part moi
et à part ça je pourrai dire
que j’écris aux autre mois
(faut-il les orthographier avec un s ?)

Si j’écris
Est-ce pour témoigner
Est-ce pour me leurrer
Est-ce pour me concilier la bienveillance
des lecteurs privés d’images ?

J’écris un livre nouveau sous le bras
Comme celui qui vient d’acheter son pain frais croustillant

J’écris sans ambages
Préférant au bon grain
L’ivresse la folle ivraie



évocations citations Antonio Machado, Cesar Vallejo, Gaston Bachelard, Pierre-Albert Birot.