J’ÉCRIS COMME JEAN JACQUES DORIO…

…rencontré naguère dans un atelier où l’écriture ravageait nos vies en poésie 
J’écris travaillant l’écriture au corps Traversé de haïkus et d’aphorismes
J’écris sur le court d’un tennis Marqué à tout jamais par l’empreinte du champion Bjorn Borg :

La balle est ronde Le jeu est long
J’écris long renvoyant dans les cordes les jeunes hommes pressés et les jeunes filles en fleurs
J’écris de ci de là en ne pensant qu’à ça

(on pourrait croire)
mais la plupart du temps sans y penser
J’écris sous les combles Sous un vasistas Où la lumière pleut (et neige parfois)
J’écris en imaginant Bartok écrivant ses partitions des Microcosmes

J’écris créant ce microclimat propice aux pages d’écriture faisant la navette entre micro et macrocosme
J’écris dans un camping-car Volkswagen Qui m’a mené naguère (avant la prise de pouvoir par les Ayatollahs) Jusqu’à Téhéran

J’écris en oubliant d’écrire souvent
J’écris en me jouant du temps
J’écris en le laissant filer Ou en l’arrêtant

J’écris sur une table Louis Philippe ronde en noyer trouvée sur le bon coin
J’écris sur du papier clairefontaine extrastrong acheté à Bureau Vallée
J’écris sans confondre mes textes quasi bibliques avec les bibelots abolis du bon Mallarmé
J’écris avec et contre les sonnets en X les phrases incises et les ellipses
J’écris sans l’ombre d’un bruit exceptée cette langue qui caquette et qui bruit

J’écris sans réfléchir une première ligne qui déclenche le reste
J’écris anche en songeant à mon ami Rambour qui habite rue Franche
J’écris France du nom d’une bergère rencontrée en Mai 68

J’écris Bergère Ô Tour Eiffel comme Guillaume Apollinaire
J’écris cette aubade inachevée en écoutant Les Double Six

Qui m'invitent à faire un tour au bois (Walkin')

UNE NOUVELLE QUI RESSEMBLE À UN DISQUE RAYÉ

Pour Sophie et pour Jean-Louis,

Il faut nager juste ce qu’il faut afin de s’abstenir d’essayer de sauver autrui. Il faut écrire juste ce qu’il faut afin de s’abstenir de vouloir être lu à tout prix. Il faut lire un roman juste ce qu’il faut afin de s’abstenir de se prendre pour son auteur (Enrique Vila-Matas) qui se prend dans ce premier essai romanesque Paris no se acaba nunca (Paris ne finit jamais) pour Papa Hemingway et son célèbre Paris est une fête.

« Tu ressembles à un disque rayé » dit la maman peu amène à son fiston au téléphone, elle à Barcelone, lui à Paris. « Paris est rayé », aurait écrit dans une lettre Kafka. Vila-Matas fait une liste de raies : le toit de verre situé au Grand Palais, les grilles des balcons, la Tour Eiffel qui se compose de traits, les petites chaises que l’on voit en plein air et les petites tables de café dont les jambes sont (encore) des traits.

Tu ressembles au lecteur qui lut tous les premiers livres de poche qui parurent et que tu te procurais au sous-sol du drugstore de Saint Germain : Kœnismark de Pierre Benoît, Les clés du royaume de A.J. Cronin, Vol de nuit de Saint-Ex (comme nous l’appelions), Ambre (le prénom de ta petite fille, soi dit en passant) de Kathlen Winsor.

Couchant ses souvenirs sur le papier, tu espères qu’à l’avenir ils auront disparu dans la poche trouée de la postérité. Juste ce qu’il faut afin de s’abstenir d’essayer de devenir un romancier.

On espère parfois l’avenir sans souvenirs Ne plus rien voir des tours d’ivoire Sœur Anne qu’avez-vous à signaler ?

Jean-Louis Rambour Y trouver la fièvre Éditions L’Herbe qui tremble

Martigues 10 décembre 2023

EPISTROPHY

Y trouver la fièvre 
Jean Louis Rambour

Une page de plus
Y trouver la fève de l’épiphanie 
Un aller « retour » :
en grec epistrophy
un titre improbable
de Thelonius Monk
Le bon doux géant 
Qui aimait aussi
disait-il le ping pong 
Une musique qui rebondit
Be bop bi bop
It’s Monk’s Time
Approchez vos oreilles
Sur la mer le mistral
Esquisse une partition
de Claude Debussy

Martigues 22 novembre 2023

JE ME SOUVIENS DE MONA LISA ET DES BIDONVILLES DE CARACAS

Je me souviens de Mona Lisa Gherardini épouse de Francesco del Giocondo
Je me souviens de Franco la Muerte
Je me souviens des arènes de Nîmes de Madrid (la Monumental) et de celle du Nuevo Circo à Caracas qui vit le triomphe des frères Girón
Je me souviens des ranchitos les bidonvilles de la capitale du Venezuela où les enfants disputaient la nourriture aux buitres ou zamuros les oiseaux charognards
Je me souviens du faucon hagard 

Je me souviens du fleuve de l'Oubli le Léthé 
Je me souviens d'Estate que Nougaro reconvertit en Un été
Je me souviens de la petite espagnole du quartier
Je me souviens de Je hais les dimanches
Je me souviens qu'il faut savoir finir une grève
La grève de faire ces listes sans fin de mes
Je me souviens

liste initiale 11/09/2021 
Bayeux hôte du poète Jean Louis Rambour*
revisitée ce 06/09/2023 aux Martigues

* Quand nous écrivions le poème sur une feuille
Ce que nous marquions c'étaient nos doigts
Notre main notre poing 

L'ÉPHÉMÈRE CAPTURE