JE RÊVE J’ÉCRIS LES PERTES ET LES GAINS

 
Je rêve. J’écris un poème.
Je ne me demande jamais
Pourquoi.
 
Je rêve. J’écris sur le saule
Du vieil étang
Il n’a plus de grenouilles
Depuis longtemps.
 
Je rêve. J’écris sur le bouleau
Aussi blanc
Que ma tête.
 
Je rêve. J’écris Amor
Ce mot qui confond
L’amour et la mort.
 
Je rêve. J’écris en retenant
Le souffle de la nuit.
Elle a les yeux d’un serpent
Qui se déplace sur les feuilles mortes.
 
Je rêve. J’écris sur ma porte
C’est toujours ouvert
Entrez sans frapper.
 
Je rêve. J’écris sur les murs de Mai
Cogito ergo Sum
Rue Descartes derrière le Panthéon
Là où mourut Paul Verlaine.
 
Je rêve. J’écris un poème.
C’est le dernier. Je compte ses pieds
Sur les doigts de la nuit.
Un enfant crie qui-vive !
Il tire les derniers fils.
Le temps ouvre la main
Des pertes et des gains.
 

J’ÉCRIS SUR MES RÊVES

 


Je rêve. J’écris un poème.
Je ne me demande jamais
Pourquoi.
 
 
Je rêve. J’écris une lettre.
Elle ressemble à un nuage
Sur la montagne.
 
 
Je rêve. J’écris sur mon ombre.
Elle a la forme d’une jarre
Qui s’écoule à flots.
 
 
Je rêve. J’écris sur le saule
Du vieil étang.
Il n’a plus de grenouilles
Depuis belle lurette.
 
 
 
Je rêve. J’écris sur l’amandier
Aussi blanc
Que ma tête.
 
Je rêve. J’écris sur la soie
Le bruit d’un filet d’eau
Dans mon pré.
 
Je rêve. J’écris sur ma mort
Une cloche fêlée appelle les fidèles.
Mais personne ne vient.

Je rêve. J’écris Amour
Sur un jeune pin qui s’éclate
Dans le printemps.
 
Je rêve. J’écris en retenant
Le souffle de la nuit.
Elle a les yeux d’un serpent
Qui se déplace sur les feuilles mortes
 
Je rêve. J’écris sur ma porte
C’est toujours ouvert
Entrez sans frapper.


 

RESSUSCITÉE





Je rêve. J’écris un poème.

Dans le noir. Sur un tableau.

Je ne vois que du noir.

Mais j’écris un poème. À la craie.

Qui me croit ? Pessoa peut-être.

Personne assurément. Je rêve.

J’entends la craie. Cloc cloc cloc.

Un titre. Que j’ai maintenant oublié.

Parce que j’écris. Je ne rêve pas.

J’écris « Ressuscitée ».

C’est un titre inventé. Faux.

Faut bien confondre le masculin

Avec le féminin. Inventer

La grammaire du poème rêvé.

Les yeux grands ouverts.

Noir. L’achever.

Inachevé.

(à suivre)

LABYRINTHE DE MES NUITS BLANCHES

 Je rêve d’un boutre sur le Nil
et de ce bougre de Gustave
Je rêve de monter le cheval des airs
nommé Flaubert
Je rêve que je me promène en culotte courte
genoux troués
et Ma Bohème en tête
Je rêve sans rimes ni raisons
des curés corbeaux
et des freux freudiens
Je rêve du fleuve Orénoque et de ses lamantins
jouant une nuit sur les flots
Je rêve de Moi
le plus grand ennemi intime
des hommes caméléons
et des femmes modèles
Je rêve du carton noir
Du labyrinthe de mes nuits blanches
* Traits à traits
Sans en rajouter *