La vie au mot à mot
Douleur et joie confondus
Du berceau en osier
À la pierre du tombeau
.
Scintillements discrets
La planète poésie
En abîme
.
Ma chère Réalité
Je t’écris en rêvant ce poème
À couper au couteau
.
Ne me demande pas pourquoi
.
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
La vie au mot à mot
Douleur et joie confondus
Du berceau en osier
À la pierre du tombeau
.
Scintillements discrets
La planète poésie
En abîme
.
Ma chère Réalité
Je t’écris en rêvant ce poème
À couper au couteau
.
Ne me demande pas pourquoi
.
Entièrement absorbé par le geste d’écriture d’un poème
Oubliant les affaires qui m’ont accaparé toute la journée
La pratique de la poésie a l’avantage de m’imposer une discipline :
Compte tenu des mots
Du parti pris des choses
La poésie – contrairement à ses doux rêveurs qui la déservent – vise un but pratique
Dans un monde lourd, bruyant du braiement des ânes, maintenir la persévérance d’une voix discrète, légère, un frisson d’eau sur de la mousse.
Copenhague 16 mai 2025
La troupe gazouillarde s’est envolée enfuie
Un vers que j’abandonne à la postérité
Celle qui me dit merde façon Raymond Queneau
Avec Ubu c’est pire c’est merdre et remerdre
Drôlement feintée dame Postérité
Écrit en rimes tintinabulantes Dont jouissaient les poètes de la Renaissance . Écrit en jouant aux dés ou au trictrac Écrit en y réfléchissant Ou tout à trac . Écrit comme une épitaphe Ci-gît le badin de la farce . Poème écrit sur le cours Mirabeau D’Aix-en-Provence En imaginant voir passer Le comte Honoré Riquetti Orateur génial en 1789 Au Jeu de Paume . Poème écrit jubilant À l’occasion du meilleur moment De nos vies quand nous proclamons À la terre entière : Un.e enfant nous est né.e . Écrit depuis le toit tranquille du Cimetière marin Ou Avenue de l’opéra (toujours tout droit) . Écrit à la terrasse d’un café De Martigues ou de Sète Sur un carnet à ressort Ou le cahier d’écolier D’un enfant aux cheveux blancs . Un poème de tortue Sans sa carapace Le 555e au-dessus D’une pile infinie D’un poète inconnu Mais indécourageable Martigues 14 mai 2025
A 1
Écrire de la prose en silence,
avec le moins de mots possible,
pour mieux en serrer le sens.
J’entreprends cette page, à la main,
comme un devoir d’amitié.
Une confiance en la lenteur de la plume
qui parle au papier.
Et qui, de toutes manières,
ne reviendra pas en arrière,
ne fera pas de ratures —
assumant ainsi les imperfections,
l’inachèvement.
Avant de passer à la seconde page,
j’observe l’Étude des mains de Dürer
et je regarde — plutôt que je ne lis —
un poème en italien,
avec sa traduction en vis-à-vis :
En pensant à toutes les mains tendues que j’ai serrées…
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A 2
Mes mains —
et particulièrement la droite,
en ce qui me concerne —
qui, depuis tant et tant d’années,
fait sa besogne.
Une main qui apprit, chemin faisant,
à se libérer de l’abandon
à ce je-ne-sais-quoi
d’écriture sans cœur.
(Cet ajout précédent, à la pointe fine,
n’est pas de mon goût.
Comme si une autre personne
s’était avancée, masquée.
Une ruse pour ne pas en venir aux mains.)
Un no sé qué.
Par cet hispanisme, je prends de l’air —
airosidad.
Lors me vient cette fantaisie :
un duo de chanteurs et de musiciens
des années 50
qui chantaient comme des innocents :
"mè-qué-mè-qué mais qu’est-ce que c’est" —
et à l’inverse,
la chanson d’Ève :
"Sources qui sourdent, murmure immense" —
et pourtant : silence.
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A 3
Avant d’écrire cette troisième page,
j’ai réécouté les 3 Gymnopédies d’Érik Satie.
Un art mathématique,
un silence suivant sa partition,
sans barre de mesure.
Et, plus étonnant encore :
sans piano pour l’écrire.
Ailleurs je lis :
les sables du silence se couvrirent d’eaux vives —
comme la poésie,
silence de la prose,
irrigue les créations d’Encres Vives.
Une maison d’édition de poèmes au format A4,
que j’eus l’honneur d’habiter
grâce à l’amitié de son créateur,
le regretté Michel Cosem.
Si je retenais un seul de mes recueils,
ce serait La nostalgie du présent.
Ce sera, pour clore
ce premier essai en prose du silence,
mon dernier présent.