LE GÉANT DE NOS LETTRES

Je lis des vers d’Hugo le géant de nos Lettres

Qui se montre surtout dans tout ce qui le cache

Criant Hé le géant ! Hé l’homme de l’abîme !

Je lis ce cher Victor qui va de cime en cime

Un vautour qui me dit : Petit, les choses,  sache,

Avec leurs dieux,  ont des monstres pour ancêtres !

Tournés vers l’intérieur comme vers le lointain

Nos vers ont l’ambition d’être lus, entendus,

Avec l’œil et la feuille, sans sanglots superflus,

Entends d’Orphée la lyre qui rythme tes actions !

Entends écoute apprends pense ou sois imbécile

Veille ou dors Viens ou fuis Nie ou crois Prends ou laisse

Montre-toi cache toi Va t’en demeure Oscille

La liste est infinie des verbes qui t’oppressent

Et libèrent la part de folie sous sagesse

Sur l’épaule d’Hugo le géant  de nos Lettres

RIEN N’ÉTAIT ÉCRIT

Les choses de la langue

Or des signes fleuris

Un monument de mots

De morceaux ajointés

Ou qui se désassemblent

On arrive peu ou prou

Au but à l’épilogue

Au bout de ce chemin

Fragile et incertain

C’est le temps des adieux

D’une vie singulière

Où rien n’était écrit

DIRE ES TRAUCAR LO SILENCI

Dire es traucar lo silenci
Escriure es dire
Paraulas escantidas
Quand escriure
Bota fuòc a la lenga

Brasàs que belugueja
Dins la nuòch

Coma l’estèla lo vèspre de Nadal

Escriure per comolar l’abséncia
E revirar en mots
L’indefugibla sentida de la vida


Escriure, viure, dire
La sinfoniá inacabada del mond
Dins una abraçada longa
Al pas d’una farandòla descabestrada


Dire es traucar lo silenci

un envoi de Joan Pau Creissac

Dire c'est trouer le silence 

BOUTS DE TEXTES

Je perds sans cesse des bouts de textes

C’est ainsi écrire et perdre

Comme un tissu qui s’effiloche

Accrocs de l’espace et du temps

Bon vent mauvais vent

Quand les absents ont toujours tort

Et les présents s’amoncellent

Sous le sapin des souvenirs

On regarde la vague

Et l’on se dit que les guerres prolifèrent

Les fracas des haines emportent au loin les enfants

Alors nous pleurons sans larmes

En attendant l’aurore

Danielle Nabonne

Pour Poésie mode d’emploi

SOUS LE FORT DE BOUC

Je n’hésite jamais plus quand j’écris ainsi J’ai hésité naguère et même parfois raturé Je ne savais pas alors me préparer Être prêt à accueillir les lignes de mots qui composent les poèmes de nos vies Je n’hésite jamais mais ma page – cette page-là par exemple – peut demander pour s’écrire un temps très long Je la quitte des yeux Vois sans bien le regarder le paysage – une torchère, de petits bateaux et leurs sillons dans la passe maritime sous le Fort-de-Bouc – Et aussi pour faire peau neuve – ou peut-être plus simplement faire la peau au texte – Je laisse là ce frêle essai à reprendre un jour… ou jamais

1er janvier 2025