MATIÈRE À POÈME


C’est de l’or et du purin
Le sable fin des pavés
La Commune utopique
Le sang versé par les Versaillais

C’est ma communale
Mon école accordéon
Des apprentissages rêvés
Et d’une vita nova

C’est ce qu’il nous faut creuser
Malgré tous nos déboires
Cherchant à y voir clair
Face à ce qui se dérobe*

C'est maintenir nos petits dispositifs
Qui font de l’écriture d’un poème
Mille ajustements créatifs
Où le corps en action
Élève notre esprit

*Henri Michaux

ENCORE UN POÈME MONSIEUR LE BOURREAU


Encore un poème monsieur le bourreau
Un de ceux que je connais par cœur
De Rimbaud Verlaine Victor Hugo
C’est un trou de verdure Il pleure dans mon cœur

Encore une chanson avant de disparaître
Si par hasard sur l’pont des Arts
Si par hasard de Gaétan Roussel
Les gens qui doutent La graine d’ananar

Encore un p’tit bouquin sorti d’une boîte à livres
Le château de ma mère Le vieil homme et la mer
La vie mode d’emploi Que ma joie demeure


Ah ! Monsieur le bourreau
J’espère qu’en me lisant
Vous avez avalé votre chapeau

SUNT LACRIMAE RERUM


Avec les citations dont je fais des bouquets
J’entretiens des rapports d’amitié
Sunt lacrimae rerum
et mentem mortalia tangent

« Toutes les choses ont leurs larmes
qui émeuvent le cœur des mortels »

Les livres désormais m’entretiennent durant le repas
Nulle chose ne me fait pleurer
Mais leur saveur enfuie qui me la fit partager
- et sans cesse apprécier –
Avec celle qui de l’autre côté de la table
N’est plus là

Et avec qui nous fêterions
Son anniversaire ce jour d'hui

Martigues 10 avril 2024

POINTE FINE POINTE COURTE

JE VAIS ENCOR ÉCRIRE jusqu’à ce que ma page soit pleine (ma plage soit peine)

Je vais encor écrire sans compter les signes sans me signer et même sans signer cet écrit

Je vais encor écrire à ma main avec cette pointe fine qui me fait penser à la Pointe Courte

Ce quartier sétois où les pêcheurs d’antan pratiquaient les petits métiers

Lançant leurs filets remaillés à bord de leurs pointus dans l’étang de Thau

Cette Pointe Courte où Agnès Varda réalisa son premier film en 1955

Format 35 mm noir et blanc musique Pierre Barbaud + thèmes folkloriques locaux

Avec Philippe Noiret :

Lui : « Avoue que c’est gai chez moi. Tu ne regrettes plus maintenant d’être venue ?

Et Sylvia Montfort :

Elle : « C’est toi que je vais aimer, natif de la Pointe Courte, fils d’un charpentier de marine,

amateur de joutes et de soleil.

Voilà j’ai encor écrit porté par le flot des lignes des signes

des souvenirs des choses vues imaginées

J’ai écrit sans y penser dans une nuit provençale profonde

J’ai écrit en silence

avec des phrases plus ou moins achevées fragiles

et comme j’en ai fait la promesse

sans signature et sans point final