LE TEMPS EST UN ENFANT QUI JOUE



…de siens instants que l’on entend enregistrer de la manière la plus secrète, comme une trace de vie : quelque chose de physique, de touchable, une efflorescence, une incrustation. En somme une littérature moindre qui atteint la grande, un moment fixé en quelques mots courts, surexcités et désordonnés et qui se dilate dans le temps…
Leonardo Sciascia



Vieillesse connaît encore ces moments d’innocence :
En écrivant ou disant un poème,
En écoutant ou chantant les chansons de nos vingt ans,
En jouant à quatre pattes avec nos petits-enfants
En se fondant dans le roman que l’on est en train de lire

Cette nuit j’ai été Vendredi mâchant une graine d’araucaria,
J’ai navigué dans le poème le plus connu de Louise Labé
Je vis, je meurs, je me brûle et me noie,
En revoyant la lave tiède de tes yeux
Mon cœur volcan a encor battu la chamade
Et j’ai retrouvé la formule attribuée à Héraclite :
Le temps est un enfant qui joue.

ET AU FINAL QUE DIRAI-JE ?



Je dirai que j’ai pris des coups
Et que maintes fois j’ai perdu le nord
Je dirai que je me suis relevé
Je dirai que j’ai cherché la voie
Je dirai que la nuit la lampe est mon soleil
Je dirai Terre en vue
Je dirai l’esprit des bêtes et des arbres
Je dirai le corps qui dicte à l’esprit
Je dirai le vide qui broie les mots inadéquats
Je dirai ma gratitude à ceux et celles qui m’ont écrit
Que ce que j’écrivais leur donnait un peu de joie
Je dirai que je n’ai rien dit

TOUT FEU TOUT FLAMME

Tout feu tout flamme 
Brûle mon âme
Sur cette page
Que nul ne lit

On me dit fou
(fada ici)
Je me crois sage
Me balançant dans le hamac
tendu entre deux pins du cru

Et nous voilà
Faisant ces vers
Plaçant ces mots
Tout feu tout flamme
D’où naîssent paroles
Qui dans la nuit
Font un sujet de poésie
À LA SEMBLANCE DU BEAU PHÉNIX

Et je chantais cette romance
En 1903 sans savoir
Que mon amour à la semblance
Du beau Phénix s’il meurt un soir
Le matin voit sa renaissance


Guillaume Apollinaire
La chanson du mal aimé


Je suis tout feu tout flamme
Je suis l’eau remontant à mes sources
Je suis l’air de rien
Je suis la terre des Dorio (tous laboureurs)

Je suis le souffle qui ravive dès matines les braises du foyer
Je suis l’eau de l’orage sur le visage de Rrose Sélavy
Je suis la terre que le blé vert adoucit
Je suis l’air dont s’abreuve l’alouette du troubadour

Je suis le poète contumace à l’esprit follet
Je suis la mer la mer toujours toujours recommencée
Je suis la Mère Terre (va-t-elle mourir la Pacha Mama ?)
Je suis Phénix qui écrit des poèmes après Auschwitz*



*Dans cette ville de Francfort), Theodor Adorno a prononcé une grande phrase : on ne plus écrire de poèmes après Auschwitz. Disons-le autrement : après Auschwitz on ne peut plus respirer, manger, aimer, lire. Mais quiconque a déjà inspiré une première gorgée d’air, quiconque s’allume une première cigarette a décidé de survivre, de lire, d’écrire, de manger, et d’aimer. Heinrich Böll


FIN DE JOURNÉE

call it a day

la journée est terminée

me dit-on

on ne me dit pas en revanche

comment les heures

de ce jour unique

ont tourné :

à cheval sur Rocinante ?

ou bien exposé sur le ring poétique

où l’on prend des coups sans compter ?

(Hay golpes  en la vida Yo no se)

ou bien qui sait en écoutant

Amor de mis amores

cette valse péruvienne

qui a donné l’air endiablé

de la Foule chantée par Piaf





Et puis retour en soi

en votre for intérieur

Un petit air du soir

Vous accompagne

Mañana es otro dia





une suite

passé minuit

contrevenant à ma dernière ligne

Demain est un autre jour

Je poste sur le blog

le poème présent

issu d’un temps non compté

consacré à l’écriture

et à la douce ivresse

que procure la fabrique

d’un texte inachevé

.