À Paris il y a
Un quai aux fleurs un marché aux oiseaux
Une foire à la ferraille une rue du Congo
Une place Pigalle une gare Saint Lazare
Un musée du Louvre une rue Vaugirard
Un champ de Mars une rue de l’Échaudé
Une place Saint Michel une rue du Bac
Une statue de Montaigne mais pas de Bachelard
Un jardin des Plantes un boulevard Bourdon
où se rencontrent Bouvard et Pécuchet
Un quai de Passy une place Saint-Sulpice
Un boulevard Malesherbe un quai de la Mégisserie
et une place Saint Germain des Près
après laquelle il n’y a plus d’après
Author Archives: Jean Jacques Dorio
J’AI CONNU
J’ai connu le tablier gris des écoliers et le jeudi des quatre dimanches où l’on chômait
J’ai connu l’écriture à la plume sergent major que l’on trempait dans l’encrier en porcelaine fiché dans la table en bois (le pupitre)
J’ai connu le tableau noir où le maître, plus rarement la maîtresse, nous permettait de faire claquer ou crisser les craies de toutes les couleurs, mais principalement la craie blanche comme neige
J’ai connu tous ces petits bonheurs de l’enfance
Je l’affirme croix de bois croix de fer et je le signe sur mon site numérique mesurant ainsi la distance abyssale qui nous sépare de cette époque d’un commencement qui n’en finit pas
JE RÊVE
Je rêve que tu rêves d’un monde sans douleurs mais riche de couleurs et d’exercices de style
Je rêve qu’un journal a annoncé tes fiançailles avec le roi de Prusse
Dans mon rêve je te vois protester proclamant que le roi de Prusse n’est pas ton cousin
Je rêve que je te donne la main sous la neige qui tombe inexorablement pendant que tu récites les vers de Victor Hugo sur la retraite de Russie
Je rêve que je te vois les bras en l’air comme une paire d’ailes et que tu prends le métro pour Bonne Nouvelle
*
« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir les portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. » Gérard de Nerval
*
L’ÉTOFFE DONT ON FAIT LES RÊVES
Are such stuff As dreams are made on
À tous ceux qui sont de l’étoffe dont on fait les rêves
À toutes celles
Qui font de la poésie la « matière ardente » de leurs Mille et Une nuits
À tous À toutes
Qui écrivent dans le noir des histoires lumineuses
Qui nous tiennent en suspens
À tous ceux
Qui sont de l’étoffe d’un livre dans lequel on entre par un coup de dés
À tous ceux À toutes celles
Qui « en temps de débâcle »
Sont de l’étoffe
Qui permet le rêve en commun
de vies dignes d’être vécues
JE VIS DE MILLE VIES
Je vis de mille vies
Je meurs de mille morts
J’ai lu ça quelque part
Mais je ne sais plus où
Je vis je meurs
Je ris je larmoie
Je recopie Louise Labé
dite La Belle Cordière
Ses vers qui à la fois
affirment et qui nient
Je vis de mille morts
Je meurs de mille vies
En tissant des chansons
À mes chers disparus
À ma chère en allée
Dans sa nuit définitive
(ça je sais hélas où je l’ai lu
et quand je l’ai écrit)
ALEXANDRINS BÉBÊTES
Le temps de calculer voilà l’alexandrin
Pas très malin j’avoue c’est le temps des copains
Comme chantaient naguère les yéyés de Françoise
En tricotant des vers plutôt nuls mais qui croisent
Le temps de l’amour bébête de nos quinze ans
paroles Maurice Vidalin musique Gilbert Bécaud enregistrement 1960