J’ÉCRIS DES LETTRES À MADAME LA MARQUISE

J’ÉCRIS DES LETTRES À MADAME LA MARQUISE J’écris des lettres à Mr le Président en m’abstenant de tout épanchement J’écris des notes de félicitations à ma cuisinière qui m’a gâté cette semaine d’huîtres, d’alouettes (sans tête), de soles frites et d’éperlans J’écris au rédacteur en chef du Monde des Livres que j’accuse d’avoir coupé la tête du chroniqueur chargé de présenter les nouveaux livres de poésie J’écris des notes par centaines aux quatre coins de Paris sur des bancs publics ou dans des bistrots voués aux tables à contraintes de l’Oulipo J’écris à Mme de Sévigné pour lui demander d’éclaircir quelques allusions qui me sont incompréhensibles J’écris à mes ami.e.s lointain.e.s en imaginant la transcription d’une conversation qui entre nous n’a pas eu lieu J’écris par petites touches cette sorte d’autoportrait kaléidoscopique marqué par la fragmentation et l’inachèvement

UN TEMPS INTERROMPU

J’ÉCRIS DANS UN TEMPS INTERROMPU (ni ininterrompu, ni perdu, ni retrouvé) J’écris dans un temps qui jouit de la douceur de la bonne santé J’écris dans l’impensé des nuits des corps rongés par l’infâme crabe J’écris dans le mouvement qui me fait passer au travers de périodes séparées de ma petite histoire J’écris de Jadis succédant au Maintenant J’écris sur les chemins des mythes qui reculent vers le futur J’écris à contre-temps des chroniques anachroniques J’écris en lisant, veillant à y voir clair dans mes Ombres errantes 1 J’écris pièce par pièce ce qui ne peut-être rapiécé J’écris sous les pavés page après page 1François Couperin