Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte. C’est rude, c’est écrit par un écrivain qui fut diplomate aux Nations Unies après la guerre pour les réfugiés, donc pour alléger leurs souffrances dont, je suppose, il ne se fichait pas. Albert Cohen dans ce livre publié en 1972 ajoutait : ce n’est pas une raison pour ne pas se consoler, ce soir, avec des mots. Écrire seul dans mon royaume et loin des salauds. Il en connut de tout poil pendant cette guerre seconde et tout aussi infâme que la première. Aujourd’hui on n’ose plus nommé salaud et même salopard de merde ce chéfaillon du Kremlin. Finira-t-il dans son bunker, une balle dans le ventre, pendu haut et court ou dans son lit comme un vrai con ? L’Histoire le dira, (et le plus tôt serait le mieux) mais en attendant mon humble plume qui ne fut jamais d’or me dit de continuer. J’ai quelques jeunesses encore à donner à un verbe qui console et venge, et même si je ne sais plus trop où j’en suis, ma petite fille qui va avoir un an d’âge, s’amuse à mes grimaces et me dit vers où orienter mon imagination : toutes nos Alices, quelle que soit l’époque, ont encore besoin de merveilles et d’enchantements.
Author Archives: Jean Jacques Dorio
L’ENTERREMENT DE CÉZANNE
Je suis trop vieux Je n’ai pas réalisé et je ne réaliserai pas maintenant Je suis le primitif de la voie que j’ai découverte Paul Cézanne. Au Tate Modern on peut voir tout Cezanne (du moins s’en donner l’illusion) Le musée londonien n’a pas lésiné pour faire venir des toiles du Monde entier Je visite une fois le matin et en insistant (j’ai fait des pieds et des mains) une autre fois l’après midi Je suis entouré de ce bal de Tate plus que chenues dont notre Marcel fit la description cruelle et carnavalesque (et dont hélas je fais partie) Toute sa vie Paul C. ne sut à quelle Sainte se vouer…et contrairement à sa légende dorée il ne parvint pas à la représenter avec justesse et s’égara dans des tableaux d’apparat avec trop de volume trop de couleurs trop de sainte en majesté et en surplomb trop de valeurs données à ce bout de roches calcaires qui souvent disparaît dans la brume où se présente comme une simple ligne qui flotte incertaine…j’abrège ici ma liste qui pourrait contenir tout un cahier, car contrairement aux visiteurs d’une heure (en comptant large) qui imaginent voir l’œuvre d’un vieux maître excentrique de Chine ou du Japon, la Sainte il m’arrive de la regarder longuement, et pratiquement chaque jour, depuis un plateau sis à une trentaine de kilomètres (à vol de goéland) Cependant, j’oublie mon point de vue, complètement à côté de la plaque, me diront « les spécialistes », quand à la fin de l’expo, j’aperçois ce qui fut pour le bon maitre aixois, un de ces derniers essais : là voilà, croquée en quelques coups de pinceaux, sur une feuille trempée dans l’eau, aquarelle où persistent des blancs en avant-scène…voilà notre Sainte refusant la Victoire facile, qui s’estompe dans le ciel, déesse protéiforme qui se prend à rêver d’être cette colombe, qui entre les pins palpite, entre les tombes…
Le
AI-JE VRAIMENT JAMAIS SU LES ÉCRIRE
Ai-je vraiment su les écrire ces poèmes que le vent me fait faire levant la main de temps en temps comptant les pieds quand je revisite les poèmes des poètes d’antan Passant parfois à la ligne mais non systématiquement (la ligne et moi ça fait deux et même trois : une ligne pour lotodorxie une autre pour l’hétérodoxie et la troisième pauvre de nous !) Pauvre du cri primal et de la communale Pauvre du vin bourru et de mon petit ru sur lequel je jouais enfant avec des boîtes de sardines Sardines des premières tentes que nous plantâmes avec deux copains d’études dans un champ au hasard du côté du Monténégro le mont noir en surplomb d’une mer que l’on dit Adriatique On aurait dû l’appeler l’Albertine comme l’héroïne de Qui-Vous-Savez qui a donné son nom à la librairie française près de Central Park Ai-je jamais vraiment su les écrire mes poèmes perdus et qu’un verre de gnole offert au réveil du matin par une jeune monténégrine me donne envie ce soir de retrouver le 9 janvier 2023 un soir de clair de lune à Londres
LÀ OÙ LES MOTS VIVENT LA NUIT
Tu es dans le sommeil du livre Là où les noms vivent la nuit * Là où les mots font feu d’un bois Où passent fables et légendes Tu les dis, les tords, les écris Sur l’écran blanc de tes nuits noires Tu les confrontes aux mythes indiens Où le passé est un chemin Qui recule vers le futur Là où les mots perdent leurs poils Dans un jardin glapit Goupil Le livre va se refermer Ce huit janvier 2023 23 Perers Road in London. * Jacqueline Saint-Jean
APRÈS TROIS ANS REVISITÉ
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle Non le vieil homme mais l’arbre comme un peuplier Épinglé par Verlaine avec la Velléda Après trois ans je l’ai appris il y a longtemps Par cœur comme il se doit pailletant chaque vers D’un accent à couper au couteau occitan Le monde sans pareil ne portait qu’un Soleil : l’enfance d’un élève qui croyait en l’école À ses vieilles ballades aux contes du passé La bouche en cœur sur les valeurs républicaines Il poussait chaque jour la porte du progrès Aujourd’hui c’est fini le monde n’est plus en quête D’absolue modernité Chacun tire à hue Et à dia poussant sa plainte sempiternelle