MES LECTEURS SONT MUETS





Mes lecteurs sont muets 
Muettes mes lectrices
C’est dommage

Si leurs oreilles transformaient mes mots en leurs murmures personnels
Ça nous ferait un peu de grain à moudre en commun

On ferait ensemble des barcarolles à trois temps
Embarqués dans cette douce caravelle
Évoquée par Michaux

Mais mes lecteurs se contentent d’un « j’aime »
Ou d’enregistrer en douce
Chansons ou poèmes dits
Postés ici

Ainsi plupart du temps
Bien que leur écriture
Soit ouverte à la multiplicité des sens
Poèmes passent et puis se perdent
Nonobstant qu’ils disent avec Villon
 J’en appelle...









hypnographies au recto du manuscrit « lecteurs muets »
carte manuscrite

JE NE SAIS POURQUOI





Je ne sais pourquoi j’ai perdu mon poème
Toute une page allant sur les pas d’Orphée
Qui soudain s’efface et disparaît

Je ne sais pourquoi je n’en ai nul regret
Je n’ai nulle envie de touiller ses cendres
De le transformer en poupée fétiche

Mon poème égaré enfoui sous le sable
Apoème écrit à l’ombre d’un pavé
Vulgairement parlant à présent je m’en fiche



je ne sais pourquoi carte manuscrite
carte recto hypnographies je ne sais pourquoi 10,5×14,8 cm

SONNET DES PETITES FLEURS BLEUES





Une couche de vase couvrait encore la terre.
Mais, ici et là, s’épanouissaient déjà de petites Fleurs Bleues.

Raymond Queneau


Rêver, faire des calembours, 
des canulars et des calembredaines.
Rêver, faire des exercices de style et de pensée, 
où chaque rêve rend inutile les clefs du rêve précédent.

Rêver, en s’oubliant sous les ailes d’un papillon,
dans les pas perdus du hall de la gare
Saint-Lazare,
dans les eaux fortes d’André Masson.

 Rêver dans les livres d’images 
qui nous échappent des mains 
avant de nous en aller
au royaume des quatre sans cous.

Rêver, et dans la boue des histoires embrouillées,
faire pousser pour nous régénérer,
les petites fleurs bleues.

LA TERRE LE CIEL ET LE TROISIÈME ÉLÉMENT





Terre à terre 
Ou de plein ciel
Que dire que taire ?

Terre, ciel et un troisième terme que je ne sais nommer
Mais qui, entre présence et absence, tient ma plume
Et lui dit d’exister

Exister sans se montrer, 
Sans se monter la tête,
Sans prétendre penser

Terre à taire
Ciel invisible
Et sous terre
Les germes
De nos changements
Secrets




carte manuscrite recto 10,5×14,8 cm
hypnographies carte verso terre ciel et 3° élément

POÈME D’ÉCHOUAGE





Poème perdu dans l’entre-soi
Dans l’entresol de nos pensées

Poème tissé dans la soie
Reflet de nos impensés

Poème tu qui nous échappe
Et nous prive d’images

Poème d’échouage

Poème qui joue à s’écarquer
À s’écarter de nos stridences

Poème de nos lyres arquées
De danses en contredanses

Poème des nymphes divinisées
Courant nos livres de sable

Poème mort qui resurgit
Dans le corps d’une initiée

Poème qui échoue sur
Une grève oubliée


Poème de partage






poème d’échouage