QUEVEDO

Je profite de la petite pluie de ce 20 août pour, loin des plages redondantes, voler quelques images fortuites à Quevedo

Trois sonnets dans la langue mère

Las de la carrière des ans passés

Vaincue par l’âge mon épée

Bref rien qui ne fut recuerdo

De la muerte la mort la mort

Toujours recommencée

.

Mais au-delà il y a l’amour

Cette mémoire d’un corps ardent

La nage d’une flamme

Dans l’eau glacée

Nadar sabe mi llama la agua fria

.

Tout les amoureux de poésie

Devraient connaître ces desux derniers vers :

( esprit, veines, moelle) deviendront cendres

Poudre seront mais poudre empreinte

d’amour

Polvo seràn mas polvo enamorado

ENCORE UNE POÉSIE

Pour Alice

.

Sous les pavés

La plage

Sous la page

Posée sur le bureau

D’acajou

On voit

Des brouillons de poèmes

Et une boîte de cachous

Lajaunie

De grand-père JJ

.

Alice lui a dit

Merci cent mille fois

Des millions de fois

Pour tes mots

Qui me soulèvent

Et apportent de la poésie

Dans ma vie

LA POÉSIE

Quelquefois je ripe

D’autres fois je drope

Je lutte hop hop hop

Contre la langue morte

Des romances sans tripe

.

La poésie laissez-moi rire

Elle est passée dans la poêle à frire

Des ragots sociaux

Méchants et sans envergure

.

Quelquefois je la drope

Et je rebondis

Vers la voûte d’étoiles

Où flambe la beauté

L’espoir à l’ancre ripe

Sur l’inconnaissance

TROIS ARTICLES GRIGNOTÉS DANS LA NUIT


TU GRIGNOTES DANS LA NUIT
ce biscuit inactuel que l’on appelle encor – semble-t-il ? – un poème Avec la craie qui le traça sur le tableau noir de l’enfance Avec le stylo feutre bleu qui enjambe les ponts et les refrains présents Avec tes doigts de vieux copiste aimant les lettres illuminées salle des poèmes perdus
TU TE PERDS DANS DES PAGES
si bien qu’entre deux sommes, le livre rouvert semble être un autre roman. Rien vraiment de rassurant. Tu vas faire une lettre dès demain à l’Éditeur en le priant de la transmettre à l’Auteur, qui en sera ravi ou marri. À moins que ce soit l’Imprimeur qui ait assemblé ton exemplaire de manière aléatoire. En attendant, vaille que vaille, tu te dis qu’après tout, ce désordre-là, est un pas ouvert à l’esprit.
Mis en abyme, ton roman prend les couleurs d’une expérience participative. Et te voilà, lecteur libéré, dialoguant, interpellant les personnages, qui semble-t-il n’en font qu’à leur tête. Tu interviens carrément dans leur conversation, l’action, et même tu y vas de ton flux ininterrompu qui en de longues phrases sinueuses entretient la sous-conversation d’un monologue intérieur. Une page perdue, dix de retrouvées.
UN ROUGE GORGE SE BALANCE
sur le frêle grenadier qui porte ses quatre fruits vernissés et ses dernières feuilles jaunes tremblantes au vent de Toussaint. Tout en observant l’oiseau remuant derrière la porte-fenêtre du salon j’improvise une ballade sur mon piano du pauvre mais en sourdine pour ne pas faire fuir le familier. Passe passe passereau Aux morts ne jetons pas la pierre Passe passe mon pierrot Tic tic tic tsuiit La vie est un mystère.