TU N’ES PLUS

à A.

Tu n’es plus.
Séparé de toi
dans la lumière des jours immobiles,
je contemple le sismographe effondré de nos passions
à nos côtés, un désastre silencieux préparait son mauvais coup.

Tu n’es plus, je te parle,
nous nous tenons encore par la main.
Par la douleur,
émerveillé,
je revois les mises en scène de notre amour
et, de nos départs, la violente impatience …
Silhouette penchée dans un marché d’Afrique,
promeneuse insouciante du parc anglais désert,
byzantine dorée,
tes poses photographiées rythmaient ma traversée du monde.
Je te vois.
Nous nous tenons encore par la main.

Au port de ta hanche, ta fille.

Tes parures s’accordent à l’inclination des heures.
Tu n’as plus besoin d’être là, pour être : à tes rendez-vous soudains, je te parle,
je raconte que tu vis en moi.
Je t’écris.
Aujourd’hui, tu déchiffres seule l’inconnu de nos songes,
et je me vois descendre la passerelle vide
des privations de toi.

Jean-Pierre Dartigues
Le Journal des Poètes
Vient de paraître
2/ 2026

LA PAROLE PRÉCAIRE

LA PAROLE PRÉCAIRE

Pour Jean-Marie Corbusier

Lisant écrivant
Des poèmes

Nous butons
Sur des murs
De figures

Appels réitérés
Au mot juste
Mot musical

J’appelle
Il n’y a pas de réponse
(Enfin dis-tu)

Fragile
Vulnérable
Contrasté

La parole précaire
Dure
Tient tête
Doute
S’affirme

Ferme
Au firmament

Une auréole de clarté
Je m’y abreuve
Malgré moi
(Écris-tu)

Non
Quand bien même
La précarité
Il est précieux
De continuer

Chercher
Jusqu’au bout
De notre grand voyage
La voie

Et
« Une voix
qui prend la forme
qui nous reste
habituellement invisible
celle du Temps.»

JJ Dorio
12/06/2026

Frontispice de Dominique Neuforge

DISPARITIONS XIX Jacques Roubaud

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

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TOMBEAU DE JACQUES ROUBAUD

Brillons la vie     et sans écueils au port

D’abord légère     dans le style joyeux

Jusqu’à la mort    rimes qui n’ont plus cours

Poisse la nuit     au bout du doigt qui écrit

Entends mes vers    rêvés entre deux rives

Ils se dépêtrent    grattent la boue d’un fleuve

C’est le Léthé    le cours d’eau des Enfers

Tranche la vie    ni couronne ni fleurs

Jacques Roubaud poète prosateur

Mathématicien Oulipien

A trouvé ce qu’il redoutait le plus

Sa fin intérieure

JJ Dorio

POÈME CONTRARIÉ

On aimerait, comme jadis en temps de paix, faire se lever comme du bon pain, un poème inédit (comme on dit)

Un poème pas piqué des vers, illuminant la nuit étoilée d’un trait de plume, avec nos Amours jaunes, Soleils noirs et la Môme Néant

On pourrait dire des floraisons verbales ou plutôt lacrymales

Les larmes coulent, en effet, au spectacle du monde : pendant cette fête du foot pour enfants gâtés, crimes de guerre en maints endroits, figures noires nous regardant, à Gaza, Kiev, Beyrouth, Téhéran,,,

Figures noires nous regardant

Hypnographies Dorio 12/06/2020

JE N’AI JAMAIS

Je n’ai jamais concouru à un prix littéraire

Je n’ai jamais couru le marathon de New York

Je n’ai jamais trempé madeleine dans mon thé

Je n’ai jamais attendu Madeleine pour l’amener au cinéma

Je n’ai jamais pensé que la langue était fasciste

Je n’ai jamais conduit de Ferrari ni de semi-remorque

Je n’ai jamais extrait de gaz de schiste

Je n’ai jamais écrit d’odelette à Odette

Je n’ai jamais grimpé comme le gros Gustave sur les pyramides

Je n’ai jamais donné un sou à un psychanalyste

Mais c’est moi je l’avoue qui (peu ou prou) ait commis cette liste