Je vois celle qui n’est plus là Je vois celle qui file la laine Dans sa clairière de l’Amazonie Les seins nus autour du fuseau Se balançant dans son hamac Couleur de rocou Je vois celle qui s’accroupit devant la poste Comme un fantôme enveloppé d’un fichu À tête de taureau Je vois celle qui lie les bottes de paille Et les gerbes de blé Celle qui lit Roule Galette Celle qui s’enfonce dans la mer
Author Archives: Jean Jacques Dorio
LA VOIX BRISÉE D’UN GRAND-PÈRE

LA VOIX BRISÉE Agonie mauvais mot Avant de partir pour les plages Où lève Soleil Noir J’ai entendu enfant Derrière une cloison La voix brisée d’un grand-père L’autre le malheureux Avait fait mille kilomètres Pour crever anonyme dans la boue De Belgique « tué à l’ennemi » Je l’écris les yeux clairs Sur cette carte rouge Que personne jamais ne recevra Poste restante Sur le tapis roulant de la micro-histoire Engloutie sur l’espace présent
POÈME un bouquet d’immortelles dans la tête
Celui-là fut arraché d’un mur de Mai D’un murmure sujet aux métamorphoses D’une brèche joyeuse dans les pensées myopes Celui-là n’était pas bégueule Mais nu comme un vers dit par une artiste en tournée dans les wagons blanc et or* Et cet autre nous plongeait dans une histoire d’enfance dont l’héroïne portait un nom bizarre et le héros n’osait pas lui dire qu’elle était belle Poèmes écrits sur les murs, Dans les wagons du transsibérien Sur les scènes de l’enfance Poème qui s’en va Sans parole dernière Un bouquet d’immortelles dans sa tête *André Breton
POÈMES leurs voix éclaboussées sur la mousse des murs
Poèmes ? Rien de plus simple et de plus difficile À condition de les porter toute une vie Loin de la foule des bravos et des grigris Poèmes ? Un peu de soi Beaucoup des autres Qui les ont donnés à lire Depuis belle lurette Échos perdus dans la rumeur du monde Voix éclaboussées sur la mousse des murs* Poème ? Parlant au papier Son fil s’est dévidé Il a fait cette page Entre onze heures et minuit *Pierre Reverdy
MON PETIT MÉTIER

Art d'écrire. J'ai écrit des centaines de poèmes presque sans ratures. J'en ai gardé quelques-uns, j'ai brûlé les autres. Et voilà tout mon pauvre métier. Pierre Reverdy (Le livre de mon bord)
J’écris sans ratures
la Plupart du temps
-ce titre blason de Pierre
Reverdy-
dans le calme des nuits
Autant de pierres blanches
Que j’échange en chemin
Avec je-ne-sais-qui
Qui lit je-ne-sais-quoi
Seul.e un.e ami.e
parfois
Me rend la monnaie
de la pièce
Au centuple
Voilà une à une
ces lignes qui
à peine le temps d’y penser
sont au cœur
de mon petit métier
