J’ÉCRIS POUR LEVER DES LIÈVRES

En définitive à quoi écrire sert-il sinon à vivre ?
 Toutes les pénibles élucubrations sur « écrire et vivre » - écrire comme renoncement à la vie – sur « la chambre aux murs de liège » - avec attendrissement. « Il n’a pas vécu le pauvre » – ne sont que pitoyables défenses d’envieux, de toute façon sans importance. 
Mais ici, la chose est dite.

Jacqueline Bisset


J’écris pour lever des lièvres
lever le pied
lever au cœur les expressions

J’écris dans la discrétion
le silence et l’effacement

J’écris dans l’exubérance
la profusion et l’effervescence

J’écris résistant au vertige de l’écriture
mais non à sa folie passagère

J’écris le passage
en attaché
en cursive

J’écris en courant sur la page
dans la rumeur des vagues

J’écris dans le mutisme des nuits
la lumière des poètes de l’exil

J’écris en lisant
flux et reflux qui soulèvent mes livres
de sable et d’écume

J’écris à califourchon
à dada
sur la bicyclette grammée garnie de grelot 1

J’écris comme un cochon
un apache ou un apparatchik
(au choix)

J’écris en voyant de ma fenêtre une portion de méditerranée

J’écris je n’oublie pas
entre Charybde et Scylla
cette intensité de l’instant
où ça passe ou ça casse
(dit trivialement)

J’écris 
puis je laisse reposer
dans des carnets signés de noms
qui n’apparaissent sur aucune carte d’identité

1 George Grosz (1893-1959)

JE FAIS LE SAUT PAR LA FENÊTRE





Faute de mieux, mes vers tournant

en rond,

Je fais le saut par la fenêtre.

Sur le pavé je rebondis,

comme le singe grammairien

dont on se moquait dans les revues textuelles,

naguère.





Faute de mieux, je fais le sot,

l’idiot inutile de la vieille métrique,

Métro, boulot dodo,

le dernier empaillé peut se voir dans une vitrine

du Museum d’Oxford (je crois).





Je crois en l’autre, je crois sans croix

et sans manière.

Je regarde par la fenêtre,

cet homme coupé en deux,

qu’affectionnait Breton.





Il aurait dû signer André.e.

                                                                                                                            

LA LUNE À L’ŒIL ROND





 À la fenêtre

la lune à l’œil rond

réclame son dû

 – une pièce nocturne

un petit coup de dés

autour de minuit  –





Les yeux dans les yeux

Je la nomme :

Cheval à l’envers

Bisons et petit dieu

sortant fouet, serpent

ou cotillon –





Et pour sa face cachée

(c’est le b.a ba du métier)

je décline l’obscure clarté

qui baigne tout poème :





ces petits astéroïdes

qui viennent nous percuter

comme s’il y avait une beauté du monde

et que traduit l’alphabet présent

à pas de plume

à pas de lune





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Jean Jacques Dorio

Encres Vives n° 399

(Version publiée en octobre 2011)

LA PORTE DE MA MAISON D’ENFANCE

hypnographies dorio 03/08/2016




Cette rue qui longeait la rivière

Je ne l’emprunterai plus

Et la porte de ma maison d’enfance

Que nécessité me força à mettre en vente

N’est plus qu’un panneau de bois dur

Fermé pour moi à jamais





Mais je laisse là les souvenirs sans suite

J’ouvre la fenêtre

et laisse entrer quelques instants

la fraîcheur sur la passe maritime

d’une première nuit de septembre





Un poème nouveau m’attend

dans sa discontinuité essentielle

et son essai de recomposition





L’éclair d’un geste

Qui ouvre sans le vouloir

La porte de ce poème

Comme un éventail