ou comment et pourquoi toutes les erreurs sont permises
C’est le dictionnaire la lecture
et le passage quotidien par l’écriture
enfermé hors de soi*
C’est la recherche d’un sens multiple
là où s’ajoutent en regard du texte
apostilles allongeails et autres paperolles
C’est la lecture de pans entiers d’un même auteur
le pillant en ses secrets de la cave de son château de Montaigne
jusqu’aux poutres peintes de sa librairie
ornées du sang des muses
C’est ce premier jet lorsque paraît l’aube aux doigts roses
Ô Muse conte-moi l’aventure de l’Inventif**
Ce sont d’autres moments souffles halètements heures particulières
comme faisait Monnet laissant l’ouvrage travailler l’ouvrier
C’est la nuit où après un premier somme
on ne craint pas d’affronter l’obscurité de la lumière
C’est l’exercice de la traduction du transfert de langue à langue
de l’hospitalité faite à la parole de l’étranger
C’est le vent sur les fruits et la faux dans le jardin
La marche dans les bois et la course sur les chemins de traverse
Où ne parlant à personne et ne pensant à rien
Toutes les erreurs sont permises
*Maurice Blanchot
**L’Odyssée traduction Philippe Jaccottet
Author Archives: Jean Jacques Dorio
DES POÈMES POUR NOS NUITS
" Le poème, c’est ça pour moi :
c’est celui qui est le malade
et le docteur en même temps."
paroles d’un « poète » anonyme
Souvent pour m’endormir je déroule des poèmes
Je les connais par cœur les compte sur mes doigts
Ou bien – pareil au même – j’invente un vers puis l’autre
C’est purement mental C’est ce que vous voudrez
Lecteurs qui craignez l’insomnie comme l’orage
Ô rage ô désespoir ô vos viles insomnies !
Convoquez la mémoire d’un poème ami
Murmurez inventez ces mensonges aimables
Qui réparent nos jours et enjambent nos nuits

dans un train qui me menait de New York à Montréal
c’est une autre manière de réparer nos maux
par un autre moyen
que les mots d’un poème
UNE ARAIGNÉE QUI ME RESSEMBLE

Je ne sais pas ce que ça signifie
Et pourtant ce sont des traces
D’une araignée qui me ressemble
PLANCHES DU PALIMPSESTE
Que tu sois environné par le chant d’une lampe ou par la voix de la tempête,
par le souffle du soir ou le gémissement de la mer,
toujours veille derrière toi une vaste mélodie, tissée de mille voix,
où de temps à autre seulement ton solo trouve place.
Rilke
la voix du silence
la voie du menuisier faisant sa planche
la planche du palimpseste
qu’il faut chaque jour raboter
la voix de la mémoire
la voie d’eau et de feu
sur ce papier sépia qui flotte
entre oubli et nouveauté

sur fond labyrinthique
jj dorio
POÈTE JE NE LE DIS JAMAIS
« Nous, les Suprêmes Poëtes, qui vénérons les Dieux et qui n’y croyons pas ».
Verlaine
Poète, je ne le dis jamais. Ne me demandez pas pourquoi.
Un poème, avec ou sans les dieux, « je l’écris, il s’écrit, il m’écrit »,
comme disait joliment Claude Simon de ses livres.
Je l’écris, à la main, à ma main, à mon rythme,
selon les régimes déployés par mon activité.
Il s’écrit, dans le calme ou la fureur, la clarté ou le mystère. etc.
Il m’écrit, me forme et me déforme,
ajoute quelques pièces au puzzle de mon identité.
Mais poète, je ne le dis jamais.
(texte en cours)