DÉCLINAISONS D’UN POÈTE

 


 
 
Je suis un poète de deuxième main
Fervent des citations
Territoires de l’imaginaire
 
Je suis un poète clé en main
Mais un malin génie
Change sans cesse mes serrures
 
Je suis un poète qui à l’argus de la poésie
Ne vaut pas une cacahouète
 
Je suis un poète qu’Axiste pas
Môme néant Homme égaré
dans le fleuve caché
des poésies de Jean Tardieu
 
Je suis un poète nature-culture
à double sens
 
Je suis un poète de première main
En sortant de ce poème
Éteignez s’il vous plaît la lumière
 
 
 
 

BOIRE SOUS LA LUNE PEUPLER SA SOLITUDE

 
Boire seul sous la lune, écrit Li Bo, qui la prend pour amie et avec l’ombre qu’elle lui procure, les voilà trois.
 Que n’inventons-nous pas pour peupler notre solitude ?
Assurément cette main qui court le papier, maniant le pinceau du poète-calligraphe,
ou bien l’ancienne plume et son encrier, avant le stylo pointe fine.

Écrire seul en silence, calé sur son oreiller, la lune à la fenêtre, les volets grands ouverts. Suggérer les activités joyeuses de jadis : la toupie sur les carreaux de la cuisine,
le jeu de barres dans la cour de l’école et la construction d’une cabane.
Hier après-midi, quand mon petit-fils a vu que sa cabane imaginaire,
quelques branches appuyées contre un tronc de pin, avaient été enlevées,
il m’a dit en secret : c’est un coup des hyènes.

Li Bo réapparaît, nuit de lune sur le fleuve, il vacille en buvant une nouvelle coupe de vin de Sin-fong.

 Un dernier coup de rame, ma barque de papier ne sert plus que de marque-page,
les images des rêves, comment les épuiser ?
  
 
Li Bo (Li Po, Li Bai) 701-762









"Boire sous la lune" manuscrit premier jet
fond : composition Dorio
"hypnographies" néologisme inventé par JJ Dorio
collage sur papier glacé de revue

détail

OBSTINÉ

 


 
OBSTINÉ
 
 
Obstiné ? Obstiné ! Rigoureux ? Si on veut.
Plutôt dans le couple en tension, passion des mots et, après coup, essai de précision.
 
Obstiné. Dans le va-et-vient des rencontres qui remettent tout en question,
les conteurs à zéro.
 
 Obstiné. Dans ces inscriptions manuscrites qui couvrent mille de mes carnets,
écrits aux Halles de Paris, au marché de Cuzco, dans le métro de New York,
le tube londonien, devant un lac des Hautes Pyrénées,
dans la case de mes hôtes amérindiens,
etc
 
Obstiné. Tout ça, au fur et à mesure, ayant tendance à s’oublier.
Passage aux oubliettes, dans les impasses du labyrinthe des causes perdues.
 
 Ostinato Rigore.
Laissant la ricorée de l’âme à ceux qui n’aiment ni le fort de café,
Ni le for intérieur.
 
Le poème véritable résiste à l’indifférence comme à la louange.
Liberté sur parole : libertad bajo palabra, comme écrivait Octavio Paz.
 
 
 
(manuscrit filtre à café)
 

fond : encres de chine, acrylique, collages végétaux.
50×70 cm

titre : cien años de soledad
jj dorio


POURQUOI J’ÉCRIS DES POÈMES

 

POURQUOI J’ÉCRIS DES POÈMES
 
Je ne me suis jamais posé la question.
Oui, mais voilà, c’est venu sous la plume.
Aussi, face à ce qui se dérobe,*
Je vais tâcher, poussant le paradoxe,
De ne pas (me) dérober.
 
J’écris des poèmes parce que
Ça m’amuse
Bien que le jeu me prenne tout entier
Et sérieusement
Durant son exécution
 
J’écris des poèmes parce que
C’est – ne riez pas – une vocation.
À mesure que la poésie disparaît de nos sociétés,
C’est, à rebours, porter haut son jeu incantatoire
Et son univers quotidien
Fragile et capricieux,
Qui importe.
 
J’écris des poèmes parce que
C’est toujours une promesse de découvrir
Une part cachée de soi
Qui sort d’une formule inattendue,
D'une étincelle qui couvait
Sous la cendre,
Le livre de sable**
D'un dictionnaire infini.
 
J’écris des poèmes parce que
Je m’abreuve et m’enivre
Des milliers de poèmes
Brinquebalant dans le grand véhicule
Où s’accouplent ballades et chansons au ton bref
 
J’écris des poèmes parce que
Je ne veux pas mourir***
Je souffle et souffre
La mort la vie
L’envers l’endroit
Qui se concilient ou se déchirent
En silence
 
J’écris des poèmes parce que
J’aime enjamber l’aurore
Après une nuit consacrée à l’invisible
Confondant le commencement et la fin
D’une voix qui se décline sans personne****
Et avec chacun
 
 
*Henri Michaux ** Borges ***
Anne Sylvestre : chanson : Écrire pour ne pas mourir
**** Jean Tardieu



nb : pour les enfants et pour les raffinés

ce poème dans cette version non définitive
a été écrit à la main sans ratures
commencé dans la nuit du 12 septembre
(au lit)
continué l'après-midi assis sur le mur grec de Saint Blaise
(commune de Saint Mitre les Remparts)
parachevé ( après de longues hésitations
marquées par des ajouts et suppressions )
sur le clavier de l'ordinateur
ce vendredi 13 septembre
à cinq heures du matin