LE BEL OISEAU PHÉNIX









Printemps des yeux, rhizome, iris, Enivrez-vous.

C’est la saison des semaisons, Caressez-vous.





Agrandissant l’espace sur la Crau rehaussée

Les brebis me saluent : tu as soixante-seize ans !





Le temps s’endort, une fois l’an, on le réveille.





Foisonnement : en soi-même, combien de branches?

Cahiers, carnets, récits de vie pliés en quatre.





Les mots de tous les jours s’en vont comme fétus

Les fleurs de rhétorique brûlées brassées brouies





Pour laisser s’envoler le bel oiseau Phénix

des alphabets

et du hasard quasi céleste.

CARNETS DE MAUX ET DE RÉJOUISSANCES





Carnets de mots de poèmes initiés par des citations

Carnets de confusions

Bons à jeter

Mais on y tient on y revient

On relit ce qu’un autre soi-même a écrit

Il y a dix ans vingt ans

Trente ans…cinquante peut-être

N’en jetez plus !





Carnets de vie

Pas celle qu’on a vraiment vécue

Mais celle dont on se souvient

« pour la raconter »





Vivir par contarla

Titre choisi par Gabriel García Marquez

pour son livre autobiographique

La vida no es la que uno vivió, sino la que uno recuerda

y como la recuerda para contarla

« La vie n’est pas celle qu’un être a vécu,

mais celle dont un être se souvient,

pour la raconter. »





Carnets de maux et de réjouissances

Écrits qui nous laissent indifférents

Ou qui peuplent nos jours et nos nuits

de cent ans de solitude





Cien años de soledad GG Marquez

vivir para contarla vivre pour la raconter

SANS LA SURCHARGE D’AUCUN SAVOIR

agenda du 01 au 07/02/2021
visage éphémère (mercredi 03/02/2021)




Lundi 01/02/2021

7h57       Écrire ici simplement. (dès que l’on ouvre l’œil du matin). Ce que sont incapables de faire « les intellectuels », écrit Marcel. Oui, j’ai relevé la phrase chez Proust. (sans commentaire). Mais ailleurs, sur d’autres terrains de jeux d’écritures, j’ai tout loisir de me perdre dans des phrases sans fin, que je parviens parfois à remettre sur pied, ou que je laisse tomber. Mais ici, sur l’agenda, oui, écrire…simplement.     

 8h07

Mardi 02/02/2021

5h25      Couché comme les poules (pas les « cocottes »), les images de la télé ne me disant rien, j’ai repris le roman de chevet (Anna K.), « posté » le poème du jour après un premier somme, à minuit : « Une fois n’est pas coutume », écrit le nouveau dans la foulée « Sans la surcharge d’aucun savoir » (c’est du Bachelard), et me voilà prêt à 5h30 à me glisser dans la nouvelle journée.

Mercredi 03/02/2021

7h48

     Lieu de savoir des rêveries. J’arpente chaque après-midi la petite plage de Fos sur Mer (il y a une grande, mais adossée au complexe industriel). Je m’arrête une ou deux fois pour tracer sur le sable des visages éphémères que je photographie. Puis c’est le molle du port à voiles, ses roches blanches qui servent d’observatoire pour découvrir un horizon de tankers, d’usines et au nord-ouest le point de fuite vers Port saint Louis et la Camargue. Hier, à 16h j’étais seul, le temps était presque printanier, la mer laiteuse me berçait, oublieuse des misères du monde en temps de claustration subie.

7h58

Jeudi 04/02/2021

8h04

J’épluche de vieux carnets, des blessures de « maux » sur leurs pages. C’était une sale année, avec sa terrible partition cancérienne. Écrire, malgré tout, était une manière de donner le change. Chants rêveurs, en clair-obscur. Mais à la fin, c’est l’obscur qui a gagné.

8h12

Vendredi 05/02/2021

7h53

«Je vais mon train », chanson de colo. J’en ai fait deux, comme petit colon (à Tarnos dans les Landes sur l’Océan),  deux comme « mono ». Une à Souillac (Lot), l’autre à Campan (au pied du Tourmalet). Épisode impossible à vivre aujourd’hui, une après-midi de chaleur orageuse, on avait fait entre deux équipes, une bataille digne de « La guerre des boutons ». Les gosses, uniquement des garçons d’une dizaine d’années, tout nus, avaient « bataillé » dans un petit torrent. Puis, dûment rhabillés, étaient revenus, en chantant « Je vais mon train Et sans me mettre en peine Je vais Je vais mon train ».

7h59

Samedi 06/02/2021

6h16

« Thumon aie, mater nux » (Eschyle Les Euménides) J’aurais aimé avoir accès à des classes où l’on apprend le grec et le latin. Mais, à défaut, je recopie et j’ai tout loisir de rêver sur les étymologies. « Inspire-moi du souffle, Ô Mère Nuit ! »

6h19

Dimanche 07/02/2021

8h02

Petit poème deviendra grand Si une lectrice lui prête vie « Si par une nuit d’hiver, un voyageur… » (Italo Calvino) Si, si, si, si…

Mais aujourd’hui les mots du poème ou de la fiction, ont quartier libre. Ils iront où ils voudront sur leur barque légère, ou s’envoleront d’un dictionnaire inédit : le dictionnaire des mots fragiles et des catharsis.

8h04


	

JOURNAUX CARNETS…EN MARGE





Journaux carnets…en marge

dans la chambre obscure…

où la lumière ne peut entrer

que par un trou

d’un pouce de diamètre…

pouce…





dans la chambre claire…

qui éclaire nuit et jour…

las fielairos (les fileuses)

d’une chanson de métier occitane





Carnets journaux…que l’on dit intimes…

écrits en boucle…du bout des doigts…

de nos années noires…

à la lumière de notre langage

confronté à nos réminiscences…





mises en abyme…

qui font figure de sauts à l’élastique…

pour rire…

un « je » décentré et joyeux…

et pour pleurer…

l’inflexion des voix chères qui se sont tues*…





*Paul Verlaine

12/01/2021




AGENDA 2021





vendredi 1° de l’An

5h31        L’année sera belle…ou ne sera pas. J’ai un bel agenda.

Je viens de « poster » : « An qui passe An qui vient.»

Entre Carnaval et Danse macrabe.(sic)

Je fais un poutou à ma bien-aimée.                5h34





samedi 2/01/2021

2h56        « Mots arrachés », je viens de boucler mon poème,

en alexandrins boiteux.

Ma fille après minuit depuis New York m’envie une photo de la Skyline de Manahattan.

Avec André B. on s’est fait le même cadeau du nouvel an : Marcel Proust par Roland Barthes.

2h59





dimanche 03/01/2021

8h04        Je finis d’écrire « Trois janvier petit jour gris », en 7x5x7, sur un minuscule carnet.

Mes murs blancs comme la neige. (dernière ligne). Sur le blog, dans la nuit, j’ai posté :

« Le spleen de Paris », avec l’écart de légèreté qui s’impose, au Baudelaire, des Petits poèmes en prose.

Sinon : « Au col gelé Les yeux bleus de mon cheval Bleuissent » Ida Ryûta (1920-

8h10

jours écrits « tel quel » en boucle…du bout des doigts

OBSTINÉ

 


 
OBSTINÉ
 
 
Obstiné ? Obstiné ! Rigoureux ? Si on veut.
Plutôt dans le couple en tension, passion des mots et, après coup, essai de précision.
 
Obstiné. Dans le va-et-vient des rencontres qui remettent tout en question,
les conteurs à zéro.
 
 Obstiné. Dans ces inscriptions manuscrites qui couvrent mille de mes carnets,
écrits aux Halles de Paris, au marché de Cuzco, dans le métro de New York,
le tube londonien, devant un lac des Hautes Pyrénées,
dans la case de mes hôtes amérindiens,
etc
 
Obstiné. Tout ça, au fur et à mesure, ayant tendance à s’oublier.
Passage aux oubliettes, dans les impasses du labyrinthe des causes perdues.
 
 Ostinato Rigore.
Laissant la ricorée de l’âme à ceux qui n’aiment ni le fort de café,
Ni le for intérieur.
 
Le poème véritable résiste à l’indifférence comme à la louange.
Liberté sur parole : libertad bajo palabra, comme écrivait Octavio Paz.
 
 
 
(manuscrit filtre à café)
 

fond : encres de chine, acrylique, collages végétaux.
50×70 cm

titre : cien años de soledad
jj dorio