LE CHEMIN DES ÉCOLIERS





LE CHEMIN DES ÉCOLIERS





Le garçon que j’étais m’interroge encore sur le chemin des écoliers.

Incessantes questions sur la voie de nos métamorphoses.

Soixante-dix ans après je n’ai pas de réponse.

*




Le chemin des écoliers

Le chemin des escaliers

D’où descend mon institutrice

La belle mariée





Les surprises du rideau de scène

Côté cour à la récré

Côté jardin de l’Éden





Le chemin de l’écailler

Les bulots les couteaux

Ouvrant les élèves fermés

Comme des huîtres





Il faut lire entre les lignes

Cette materia prima

Du chemin des écoliers





Oiseaux tombés du nid

Qui vont prendre leur envol

Ou qu’un ogre va croquer


	

POÈME EN GERME

  

Poème en germe
 
il suffit d'une page blanche
et de faire mouvement
avec les mots qui vont surgir
du sens et du non-sens
 
Poème écrit
 
sur l'ardoise des nuits
dans le va-et-vient
de la main qui trace
présences et absences
 
Confronté à cet espace imaginaire
 
où voyagent
ceux qui cherchent
leurs passages secrets
dans les sons des voix autres
et l'aura des poèmes réinventés  
 
 
 
 

LA SAINTE VICTOIRE (impromptu)


Martigues plage de Ferrières
devant l’étang de Berre
7/09/2019
17h21

La Sainte Victoire
Pas le tableau
La vraie !
Enfin la vraie?
Façon de parler

Elle est là
à 25 kilomètres
à vol d’oiseau
animal bossu
au repos

Celui qui écrit
est face à elle
de l’autre côté
de l’étang de Berre

Il observe « la Sainte »
depuis une heure
et tout à l’heure
un petit nuage
est venu s’accrocher
à son flanc sud

Sur l’étang secoué par le mistral
il y a des goélands qui flottent

Voilà le tableau
la suite au prochain numéro



SANS REPOS





Et lentement nous quittent toutes les choses terrestres

Succession des saisons du Corps et de l’Esprit

Aucune nostalgie ni fuite dans la fausse poésie

Mais le rythme de ces quelques lignes écrites

En retrait des tumultes du monde





Le crayon sur la page

Dans le hamac ouvert

Auprès du mimosa

Et de la haie de laurier

Donnant ses derniers roses





Un jeu à quatre mains

Où les pensées sauvages

Vont et s’échangent

Sans barguigner





Ce qui est commencé par l’un

Est continué par l’autre

Sans repos*





* Roland Barthes (l’Empire des sens)


	

MUSIQUES SUR L’ARC DE L’ESPACE-TEMPS

MUSIQUES SUR L’ARC DE L’ESPACE-TEMPS

en vers décasyllabes qui rebiquent





À certains moments, longs ou brefs, répétés ou isolés, tous les poètes qui le sont vraiment entendent l’autre voix. Elle est étrangère et c’est la leur, elle est à tous et à personne.

Octavio Paz





Les promesses de l’aube : le soleil

est un ballon l’ancre est une ficelle

venue d’un trait de plume.  Ma sœur femme

 100 têtes* s’entête et fait les yeux ronds

aux lettres qui sont le sel de nos vies

Œil attrayant œil arresté** Mon œil

s’oublie et s’enroule autour de la barque

du pêcheur d’étoiles À la croisée

des voies à six voix et viole de gambe.

La mer, l’aile falquée d’une mouette,

les traits de Braque et du pauvre Ni

Colas sautant du toit-terrasse d’Antibes.

D’oc et d’ocres, de violet et de noir,

les notes s’égrènent et s’engrainent, l’espace                

accordé au désir d’éternité.

Là-bas l’improbable et l’insaisissable.

Blablablabla, petit carré de terre

où l’on sème ses graphes et ses griffes.

Une aile un rire une passerelle

dans l’arche où chaque voix tresse une corde

nouvelle à son arc. Collages, ramages,

En marge : Où est l’oiseau ? Où est la

femme ? Où est la main des roselières ?

Et le cri de l’oiseau-lyre : Plus loin

Toujours plus loin ! Sous le buvard des cendres

douleurs, souffrances, noirceurs -, il y a

le miel du poème. Chant général :

mientras la oscura tierra gira

con vivos y muertos. *** Et bien d’autres

musiques sur l’arc de l’espace-temps.






*Max Ernst ** Saint Gelais *** Pablo Neruda

« pendant que la terre obscure tourne

avec les vivants et les morts »





Martigues septembre 2013