PASSEZ PASSONS

Passez Passons Selon la forme Selon le sens La bell’ lurette Le beau printemps

Passons Passez Selon la ligne Qui va rêvant Qui s’réinvente La nuit durant

Passez Passons Passez pompon les carillons Dans une cour d’école

Où les portes sont ouvertes Les portes sont fermées À clef !

Passons Passez Sur l’écriture des petits riens Mots écumants Ses flux et ses reflux

Selon la forme Selon le sens Nous récitant obstinément

passez passons selon la voix féminine venue de l’ordinateur

J’ÉCRIS DE GAUCHE À DROITE





J’écris de gauche à droite

Je cherche à droite à gauche

La pierre qui roule

La mousse du temps





J’écris sur du papier

Parfois jaune souvent blanc

Je cherche et je me foule

Je bricole et j’enroule

Le mélange des sons

Qui font sens

Ou déraillent sévère





J’écris de haut en bas

J’enlyre quelques vers

Sens dessus dessous

Dans le secret des marges





Je persévère





Secret des Marges

JJ Dorio

Editions Rafael de Surtis

2011





Je suis et ne suis pas

Ces signes sur la page

L’instant ouvert au monde

Le murmure des mots

Tous proches du silence

Dans le secret des marges


	

LE SENS DU SENS





– Et le sens du sens dans tout ça ?

– J’essaie de le doubler, mais le diable me rattrape toujours au tournant.

– C’est le double sens ?

– La figure de style, la syllepse qui louvoie entre les sens multiples d’un même mot.

– Une fuite en avant ?

– Un jeu de qui perd gagne.

– Drôle de jeu.

– C’est le jeu de « la vie » :

l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort,

a dit le médecin Bichat.

– Ça biche en quelque sorte !

Biche ô ma biche.*

Une chanson d’amoureux écrite au crayon bleu.





* Franck Alamo





Dialogues intérieurs XXIII

POÈMES ENTERRÉS





Tous mes derniers poèmes sont ratés

Ou plutôt selon l’expression à la mode

Ils ont des trous dans la raquette.





La raquette en l’occurrence c’est la page

sur laquelle, entre deux silences,

je distille en toute innocence

les mots de la tribu des poètes disparus.

Dilués et perdus dans des lignes sans fin

en lutte avec le sens, l’image, l’aporie.





Tous mes derniers poèmes sont à enterrer,

à déposer dans le carré de mon jardin

prévu à cet effet.

« Afin que quelqu’un d’autre puisse les reprendre un jour »

Ou jamais.





source :

À la fin d’une histoire le conteur africain appuie la paume de la main

contre la terre en disant :

« Je dépose ici mon histoire »

Puis après un silence, il ajoute la formule qui clôt ce poème.





tous mes derniers poèmes sont ratés