MAI 68 ce commencement qui n’en finit pas 20/68

20/68

Mes rêves révèlent une sorte de mémoire palimpseste

 C’est un luxe après chaque réveil de mes songes d’endormi de pouvoir en laisser trace

Je suis dans une assemblée dernier carré de Mai 68 qui s’arc-boute dans une petite salle de l’Université de Lettres de Toulouse

Je prends la parole pour me désolidariser de leur action de désespérados 

L. une trotskyste avec qui j’ai des relations amicales vient me rejoindre à ma sortie pour essayer de me convaincre qu’il faut continuer le combat 

Mais ses propos s’effilochent et nos relations se transforment en préludes d’un autre ordre

C’est maintenant la rentrée des classes (j’ai quitté l’Université depuis 2 ans pour enseigner en collège)

 Je vois une pagaille d’élèves autour de moi mais je n’arrive pas en ce qui me concerne à retrouver la salle de classe qui m’a été attribuée (rêve récurrent)

Je croise C. vieux camarade d’Arreau (Hautes Pyrénées) qui me dit avec autorité :-

Tu dois établir un contact avec le ministère

Je rêve à présent que je pèche avec une gaule en bambou dans un étang

Un grand type arrive près de moi avec un chien tout vert qui se métamorphose en gros poisson plonge et disparaît (28 août 1984) 

Je suis devant un stade et n’arrive pas à trouver l’entrée

J’entends la rumeur des spectateurs à l’intérieur Je vois sur une pelouse annexe des joueurs se préparer

Et puis me voilà sur un cheval de cirque ou de carnaval…

Je fais ondoyer une longue banderole, sur laquelle on peut lire :

CE N’EST QU’UN  DÉBUT  CONTINUONS  LE  COMBAT !

SUR LES POÈTES ET LA POÉSIE courriel 76

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

76

M.T à V.W.

Poètes, poètes plus encore que la gloire de votre vivant, craignez les monuments posthumes et les anthologies.

V.W . à M.T.

Sur la poésie elle-même, Orlando recueillit seulement qu’elle était plus difficile à vendre que la prose, et aussi plus longue à écrire, bien que les lignes fussent plus courtes.

.

M.T.  (26 septembre 1892 – 31 août 1941 ) poète de langue russe, son œuvre fut rejetée par Staline et le régime soviétique.

V. W. (25 janvier 1882- 28 mars 1941) Écrivaine novatrice qui fait tenir tous les événements de son roman  entre le matin et le soir d’une journée de juin 1923.

DISPARITION XIV

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

DISPARITION XIV

Michel Leiris

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Ce ressassement écœurant à la première personne

Je vais avoir soixante ans, j’ai encore deux livres à écrire, et j’ai calculé que pour chaque livre il me fait sept ans… mais enfin ce que j’adorerais ce serait d’écrire un très beau roman ! où il ne serait plus du tout question de confession ni d’autobiographie.

Cela ne voudrait pas dire que ce très beau roman je le considérerais comme supérieur aux choses que j’ai faites avant, mais ce serait pour moi une preuve de liberté, la preuve que je serais arrivé à une certaine émancipation par rapport à moi-même, que ce ressassement  écœurant à la première personne, dont je suis moi-même écœuré, est enfin liquidé.  Ce serait la preuve que les difficultés sont enfin domptées et que maintenant je fais ce que je veux. Que je peux passer à autre chose.

Mais je sais que je ne le ferai pas.

LES POÈMES

Les poèmes ne tombent pas du ciel

Les poèmes se travaillent vers à vers

Les poèmes font mouvement vers l’expression d’un moment unique

Les poèmes font aux penseurs la nique

Les poèmes jaillissent du noir

Soit du soleil de Nerval el desdichado

Soit de l’écran de Nougaro en ses nuits blanches

Quand l’un se pend au réverbère

L’autre se fait son cinéma

Les poèmes font leur Bohème

Leurs pieds près du coeur

Mes poèmes qui parlent au papier -même si personne ne les lit -sont indécourageables

Une image volée à Toulouse Lautrec
LES POÈMES
version 2

Les poèmes se font
Et se défont
Ver à ver
Verde que te quiero verde
.
Les poèmes
ne visent rien de moins
que ce tremblement
qui échappe à l’instant
.
Les poèmes
tirent la langue aux penseurs fatigués
et rient de leur métalangage
.
Les poèmes
Quand tout est gris :
Se dorent au soleil noir
De la mélancolie
.
Les poèmes se baladent
Entre Spleen et Bohème
Idéal en berne
Semelles dans le vent
.
Mes poèmes obstinément
Ces je-ne-sais-quoi
Et ces presque-rien
Ces commencements
Qui n’en finissent pas

LIGNES D’INSOMNIES

et vous ?
nourrissez-vous
vos nuits
de lignes
d’insomnie

et vous ?
pouvez-vous
décliner
vos noms
prénoms
sans rire

et vous ?
êtes-vous
paradigme
ou plutôt
aporie

et vous ?
embourbé.e
empêtré.e
ou bien
essence
pure

et vous ?
voyez-vous
vos pensées
comme
principes
d’incertitudes

et vous ?
regardez-vous
le monde
comme un fleuve
de boue

et vous ?
tenez-vous
la balance
du corps
et de l’esprit


et vous ?
vivez-vous
de fadaises
et de lettres
volées

et vous ?
tombez-vous
à tous les coups
du mauvais côté

et vous ?
continuerez-vous
après votre disparition
de vivre
dans le titre
d’un livre-objet

et vous ?
serez-vous
monsieur Plume
ou une voix sans Personne

et vous ?
serez-vous
ce silence
que d’autres
meubleront

et vous ?
fourmilier
du grand llano
tatou
dont on fait les charangos

et vous ?
crevez-vous
d’un cancer
ou bien
d’indifférence

et vous ?
sautez-vous
dans le vide
de cette espèce
d’espace


et vous ?
pouvez-vous
décliner
vos noms
prénoms
sans rire

et toi ?
hypocrite lecteur
ma semblable
ma sœur

REBONDS SAUTS ET GAMBADES DE MARIA DE LAS DOLORES

À qui je dis mil gracias

JJD

Je nourris

parfois

les plisde mes nuitsd’insomnie

je déclineparfoismon nommon prénomen lettreshébraïques

je suis

parfoisapprobation

parfoiscontradiction

je suisenliséeaveugléedans mesrêvesde pureté

je voisparfoismes pensées

 commedans un rêveoublié

je regarde

souventle mondecomme un joursans fin

je tiens

avec deux mainsla balancede l’acteet la pensée

je vis

parfoisde sornetteset de baisers

volés

je tombe

régulièrement

sur ma face

cachée

j’imagine

survivre

à ma vie

de mortelle

je serai

madame Plumesous un ciel intactun doux matin

de mai

je seraile silenceque d’autresméconnaitront

je serai

Kanatl

né d’un charango

et d’une guitare

je ne voudrais pas crever

avant d’avoir connu

les chiens noirs du Mexique

qui dorment sans rêver

je sauterai

à pieds joints

dans le vide

de la nuit

maria

de los dolores

je suis

quelle hérésie

plutôt

en rire

mon frère

ma douceur

cette nuit

dans les plis

MD Cano