AGENDA AMSTERDAM ANCIZAN amorce

NOTES ET DESSINS d’un petit agenda en toile de jute

acheté à Amsterdam (Pays Bas) le 29 août 1974

terminé à Ancizan (Hautes Pyrénées) le 6 mars 1975

Notre vie étant si peu chronologique, interférant tant d’anachronismes dans la suite des jours. Marcel Proust

…Écrire sur soi peut-être aussi une façon de s’effacer, comme un palimpseste sans transparence. Gérard Genette

Jeudi 29 août 1974 Amsterdam 7h30 pm Accueilli par un piano mécanique et deux singes tendant leur sébile Un noir vient d’essayer de me piquer le porteuf dans le petit sac en coton rouge que j’ai acheté à Barcelone en juillet Beaucoup de vélocipédistes le long des canaux Au Rembrandt Museum champ de blé aux corbeaux un des derniers acharnements de Vincent Avers sur Oise juillet 1890 qui ne sait pas encore qu’il va se tirer une balle de pistolet deux trous rouges au côté droit

Ven 30 août Bruxelles 7h pm Sur la Grote Place Un peu de chahut dans ses petites rues adjacentes avec un Vénèze qui joue du quatro en vendant sa camelote au sol Les gendarmes le visitant Des jeunes belges s’interpellent ainsi que le fils -dit-il- de l’ambassadeur de Hongrie Je refile du tabac Amsterdamer à une jeune anglaise qui fume la pipe à la Rimbaud

Sam 31 août Paris 7h16pm Des rillettes en lisant Locus solus Moules marinières au chaud dans sa casserole en cuivre

***

carnet tel quel
voix mécanique miracle de l’intelligence artificielle

AU PARADIS DES INNOCENTS

 

Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus. 
Marcel Proust


À l’arrache l’arrachée
À l’ara des mots croisés

À l’art secret d’un poème
Qui fait de hasard nécessité

À la fable du Temps
Que l’on écrit sur nos tablettes de nuit
(heures en suspens)

À l’ardoise des enfants
Où ils s’essaient à l’écriture

C’était je sais il y a longtemps
C'était au paradis des innocents



20 mai 2020

ÉCRIRE JUSQU’AU DERNIER CARRÉ

Sous l’Histoire, la mémoire et l’oubli,
Sous la mémoire et l’oubli, la vie.
Mais écrire la vie est une autre histoire.
Inachèvement.

Paul Ricœur


La main passe sur le sable
La page d’un jardin zen
Avec ses graves
Semées ici et là

Petites pierres
Petits cailloux
Scrupules que l’on planta
Sa vie durant
À genoux

Depuis l’enfance de l’Art
Jusqu’au dernier carré
Qui restera
-de toutes les manières-
Inachevé







AU BOUT DU CONTE


Au for de soi-même
-« for intérieur » comme on dit-
C’est fort de café
Ou un pauvre faible signal
Solitaire et glacé

C’est comme la croix d’un chemin borgésien
dans l’invisible labyrinthe du Temps

For intérieur sans issue
S’il n’a pas pour horizon
L’écriture d’un texte
Qu’une lectrice (un lecteur)
sur cent 
Reprend (reprise) à sa manière
Pour en faire son miel

(au bout du conte)


18 mai 2022

« une voix sans personne »
manuscrit orné d’hypnographies (détail)

LE TEMPS PERDU ET RETROUVÉ

Il semble que les événements soient plus vastes que le moment où ils ont lieu et ne peuvent y tenir tout entiers. Certes, ils débordent sur l'avenir par la mémoire que nous en gardons, mais ils demandent une place aussi au temps qui les précède. Certes, on dira que nous ne les voyons pas alors tels qu'ils seront, mais dans le souvenir ne sont-ils pas aussi modifiés ? Marcel Proust

1

D’une monnaie usée
on donne l’illusion
D’un sou neuf
retrouvé sous la pierre des ans
Son avers est l’envers
et réciproquement

La pièce dans la nuit
Univers infini
Je la donne à l’enfant
Qui sort du ventre obscur
L’aurore pour clarté
L’espoir dans l’or du Temps


17 mai 2015 4h du matin