Je veux faire un sonnet pour me rasséréner M’occuper, oublier l’affreux drame ukrainien, Être sur cette page, ainsi qu’un arbre humain Agitant mon feuillet d’étranges parrainages Je veux offrir à Pan ces vers un peu tordus Imaginant la flûte du petit Dieu cornu Faisant danser les nymphes et les fées de nos jeunes âges Quand Peace and Love hantait nos rêves californiens Carpe diem disions-nous en riant comme des fous Farfelus, innocents aux mains pleines d’audace Vivant d’amour, passant la mort à l’as Mai 68 bien sûr, la prise de parole sur nos murs inventifs. Mais maintenant Rideau ! le sale dieu guerrier Jette l’effroi tragique sur notre humanité 08/03/2022
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SANS AVOIR BU LE MIEL NI RESPIRÉ LE VENT
Combien s’en sont allés de tous les cœurs vivants Au séjour solitaire Sans avoir bu le miel ni respiré le vent Des matins de la terre Anna de Noailles Je vois la petite fille jouant à Marelle Je vois le petit garçon qui donne des sardines aux chats traînant dans les rochers Mais ce titre d’un journal Donnant la liste des petites Alice Et des petits Marcel Étripés par les bombes russes Non mille fois non Je ne veux pas le voir Je relis des poèmes thématiques sur l’enfance Où il est question de Nils Holgerson : Petites filles qui ressemblez étrangement aux petits garçons blonds cheveux longs qui vous accompagnent 1 J’emprunte à nouveau les pistes imaginaires Des majuscules enlacées Et des cœurs sur les chênes Où l’on se promettait De ne jamais mourir Je repense à l’enfant précoce de René-Guy Cadou Qui ne disait rien sur l’amour (pour ne pas mentir) Et à la petite Alice et au petit Marcel (c’est plus fort que moi) Je susurre cette complainte de plain-chant la nuit contre mon cou 2 Quand avec mon amour Nous respirions de concert (encore une heure encore un jour) 1 Daniel Biga 2 Jean Cocteau
POURQUOI QUE J’ÉCRIS
Pourquoi que je vis Pour la jambe jaune D’une femme blonde Boris Vian Pourquoi que je vis Se demande Boris Pourquoi que je meurs Sous les bombes russes Pourquoi que j’écris Sur mon thésaurus Des mots aux idées Des maux de la guerre Sans foi ni loi De la boucherie Pourquoi que je pleure Sur l’écume des jours et l’arrache-cœur de faire ces vers nécessaires et dérisoires Ces quelques traces Pour l’Histoire Pourquoi que je vais Cracher sur la tombe Des poutinolâtres Et de l’autocrate Enterré vivant Dans son bunker Du Kremlin Pourquoi que je vis Pour l’amour d’la paix L’amour de la vie

SONNET SUR LA GUERRE EMPIRÉE
Les vers que l’on écrit en songeant aux batailles Anna de Noailles Pratique désuète Politesse des Dieux Ceux qui dictaient les vers aux poèt’inspirés Je poursuis la coutume, mi-farceur, mi-sérieux, Faisant jouer les sens sur la guerre empirée. Que pensent ces soldats, la horde destructrice, Qui lâchement massacrent les cités de l’Ukraine ? Et pourquoi montre-t-on l’image séductrice D’un poutine toqué, détraqué, schizophrène ? Le pire est à venir, entend-on écœurés, Des enfants vont mourir sous la terreur des bombes -Monsieur il était bon et doux comme un Jésus1 Je recopie Hugo, mes sanglots étouffés Par la rage de ne pouvoir étrangler Ce petit tsar de merde ordonnant le carnage. 1 Victor Hugo Les châtiments 06/032022

NUIT SUR LE JARDIN
Nuit sur le jardin Un peu de lune luit Et Orion sur mes arbres éclatant de blancheurs Les amandiers mâle et femelle L’abricotier tordu Les greffes sauvages d’un prunier Et mon cœur qui languit Se souvenant de l’Éden D’un enfant entouré Par la forêt des Merveilles
